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Hors des sentiers battus
Sens, dénotation et représentation chez Frege
"La représentation associée à un signe doit être distinguée de la dénotation et du sens de ce signe. Si un signe dénote un objet perceptible au moyen des sens, ma représentation est un tableau intérieur, formé du souvenir des impressions sensibles et des actions externes ou internes auxquelles je me suis livré. Dans ce tableau, les sentiments pénètrent les représentations ; la distinction de ses diverses parties est inégale et inconstante. Chez le même individu, la même représentation n'est pas toujours liée au même sens. Car la représentation est subjective ; celle de l'un n’est pas celle de l’autre. Et il est bien naturel que les représentations associées au même sens diffèrent grandement entre elles. Un peintre, un cavalier et un naturaliste lieront sans doute des représentations bien différentes au nom « Bucéphale ». C'est par là qu'une représentation se distingue essentiellement du sens d'un signe. Celui-ci peut être la propriété commune de plusieurs individus : il n'est donc pas partie ou mode de l’âme individuelle. Car on ne pourra pas nier que l'humanité possède un trésor commun de pensées qui se transmet d’une génération à l'autre.
 
Dans ces conditions, rien ne s'oppose à ce que l'on parle du sens sans autre précision ; à l'inverse, une représentation doit être attribuée à quelqu'un et datée. Peut-être objectera-t-on : tout comme chacun peut associer à un même mot telle ou telle représentation, chacun peut lier à ce mot tel ou tel sens. La différence demeure néanmoins entre sens et représentation, ne serait-ce que par la manière dont ils sont liés au mot. Il n'y a pas d’obstacle à ce que plusieurs individus saisissent le même sens ; mais ils ne peuvent pas avoir la même représentation. […] Lorsque deux personnes se représentent le même objet, chacune d'elles a une représentation qui lui est propre. Il est parfois possible de déceler les différences existant entre les individus ; mais une comparaison rigoureuse n'est pas possible, car on ne saurait réunir ces représentations dans la même conscience.
  La dénotation d'un nom propre est l'objet même que nous désignons par ce nom ; la représentation que nous y joignons est entièrement subjective ; entre les deux gît le sens, qui n'est pas subjectif comme l'est la représentation, mais qui n'est pas non plus l'objet lui-même."
 
Gottlob Frege, "Sens et dénotation", in Ecrits logiques et philosophiques, trad. Claude Imbert, Le Seuil, 1994, p. 105-106.


 "La dénotation d'un nom propre est l'objet même que nous désignons par ce nom ; la représentation que nous y joignons est entièrement subjective ; entre les deux gît le sens, qui n'est pas subjectif comme l'est la représentation, mais qui n'est pas non plus l'objet lui-même. La comparaison suivante éclairera peut-être ces rapports. On peut observer la lune au moyen d'un télescope. Je compare la lune elle-même à la dénotation ; c'est l'objet de l'observation dont dépendent l'image réelle produite dans la lunette par l'objectif et l'image rétinienne de l'observateur. Je compare la première image au sens, et la seconde à la représentation ou intuition. L'image dans la lunette est partielle sans doute, elle dépend du point de vue de l'observation, mais elle est objective dans la mesure où elle est offerte à plusieurs observateurs. On pourrait à la rigueur faire un montage pour qu'ils en jouissent simultanément. Chaque observateur aurait néanmoins une image rétinienne propre. Il serait déjà difficile d'obtenir une congruence géométrique entre ces images rétiniennes, étant donné la différence de structure des yeux, mais il est exclu qu'on puisse obtenir une véritable coïncidence. Cette comparaison pourrait sans doute être poursuivie, en admettant que l'image rétinienne de A puisse être rendue visible à B, ou que A lui-même puisse voir sa propre image rétinienne dans un miroir. Ainsi pourrait-on montrer qu'une représentation peut elle-même être prise pour objet en tant que telle ; toutefois elle n'est pas pour l'observateur ce qu'elle est immédiatement pour le sujet. Mais poursuivre dans cette voie nous entraînerait trop loin.
 Sur ces remarques, on peut voir que les mots, expressions, et propositions complètes, peuvent être comparés à trois niveaux. Ou bien ils diffèrent eu égard aux représentations associées, ou bien ils diffèrent eu égard au sens mais non à la dénotation, ou bien enfin ils diffèrent aussi par la dénotation. Pour le premier niveau, on doit remarquer que, le lien entre les représentations et les mots étant incertain, l'un notera une différence où un autre ne la verra pas. La différence entre une traduction et le texte original doit être limitée à ce premier degré. On pourra aussi tolérer les différences qui tiennent à la couleur et à la lumière que la poésie et l'éloquence s'efforcent de donner au sens. Cette couleur et cette lumière n'ont rien d'objectif, et chaque auditeur ou lecteur doit les recréer à l'invitation du poète ou de l'orateur. L'art serait impossible sans quelque affinité entre les représentations humaines, bien qu'il soit impossible de savoir dans quelle mesure exacte on répond aux intentions du poète."
 
Gottlob Frege, "Sens et dénotation", 1892, in Écrits logiques et philosophiques, trad. Claude Imbert, Le Seuil, 1994, p. 106-107.

           
 "Cherchons maintenant quels sont le sens et la dénotation d'une proposition affirmative prise comme un tout. Le contenu d'une telle proposition est une pensée[1]. Cette pensée est-elle le sens ou la dénotation de la proposition ? Admettons que la proposition ait une dénotation. Si on y remplace un mot par un autre mot qui a même dénotation bien qu'ayant un sens différent, ceci ne peut avoir aucune influence sur la dénotation de la proposition. Mais on constate que la pensée subit une modification ; car la pensée contenue dans la proposition : « l'étoile du matin est un corps illuminé par le soleil » est différente de la pensée contenue dans : « l'étoile du soir est un corps illuminé par le soleil ». Si quelqu'un ignorait que l'étoile du soir est l'étoile du matin, il pourrait tenir l'une de ces pensées pour vraie et l'autre pour fausse. La pensée ne peut donc pas être la dénotation de la proposition ; bien plutôt faut-il y voir le sens de la proposition. Mais qu'en est-il alors de la dénotation ? Faut-il même poser la question ? Peut-être la proposition, en tant qu'elle constitue un tout, a-t-elle un sens mais aucune dénotation. On peut s'attendre en tout cas à rencontrer des propositions de cette nature, tout comme il existe des parties de proposition pourvues d'un sens mais sans dénotation. Appartiennent à ce genre les propositions qui contiennent des noms propres sans dénotation. La proposition « Ulysse fut déposé sur le sol d'Ithaque dans un profond sommeil » a évidemment un sens, mais il est douteux que le nom d'Ulysse qui y figure ait une dénotation ; à partir de quoi il est également douteux que la proposition entière en ait une. Il est certain toutefois que si l'on prend sérieusement cette proposition pour une proposition vraie ou fausse, on attribue, ce faisant, une dénotation au nom d'Ulysse, en plus du sens. Car le prédicat est affirmé ou nié de la dénotation de ce nom. Si l'on n'accorde pas la dénotation, on ne peut pas non plus lui attribuer ou lui dénier un prédicat. Mais si l'on voulait s'en tenir aux pensées, il serait superflu de pousser l'analyse jusqu'à la dénotation du nom ; on pourrait se contenter du sens. S'il s'agissait du seul sens de la proposition, de la seule pensée, il serait vain de s'inquiéter de la dénotation d'une partie de la proposition ; car si l'on veut déterminer le sens de la proposition, seul entre en compte le sens de cette partie, nullement sa dénotation. La pensée demeure identique que le nom d'« Ulysse » ait ou non une dénotation. Si l'on s'enquiert de la dénotation d'une partie de la proposition, c'est là le signe qu'on reconnaît une dénotation à la proposition ou qu'on lui en cherche une. La pensée n'a plus pour nous la même valeur dès que l'une ses parties se révèle privée de dénotation. Il est donc légitime de ne pas se contenter du sens d'une proposition, et d'en chercher en outre la dénotation."
 
Gottlob Frege, "Sens et dénotation", 1892, in Écrits logiques et philosophiques, Points Seuil, tr. fr. Claude Imbert, p. 108-109.

[1]J'entends par pensée [Gedanke] non pas l'acte subjectif de penser mais son contenu objectif, lequel peut être la propriété commune de plusieurs sujets [Note de Frege].
 


Date de création : 21/09/2012 @ 08:26
Dernière modification : 08/10/2012 @ 10:36
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