* *

Texte à méditer :  Il n'est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt.  David Hume
* *
Figures philosophiques

Espace élèves

Fermer Cours

Fermer Méthodologie

Fermer Classes préparatoires

Espace enseignants

Fermer Sujets de dissertation et textes

Fermer Elaboration des cours

Fermer Exercices philosophiques

Fermer Auteurs et oeuvres

Fermer Méthodologie

Fermer Ressources en ligne

Fermer Agrégation interne

Hors des sentiers battus
L'arbitraire du signe
 "Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultat de l'association d'un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement : le signe linguistique est arbitraire.
 Ainsi, l'idée de « sœur » n'est liée par aucun rapport intérieur avec la suite de sons s-ö-r qui lui sert de signifiant ; il pourrait être aussi bien représenté par n'importe quelle autre : à preuve les différences entre les langues et l'existence même de langues différentes : le signifié « bœuf » a pour signifiant b-ö-f d'un côté de la frontière et o-k-s (Ochs) de l'autre.
 […] Tout moyen d'expression reçu dans une société repose en principe sur une habitude collective ou, ce qui revient au même, sur la convention. Les signes de politesse, par exemple, doués souvent d’une certaine expressivité naturelle (qu'on pense au Chinois qui salue son empereur en se prosternant neuf fois jusqu'à terre), n'en sont pas moins fixés par une règle ; c'est cette règle qui oblige à les employer, non leur valeur intrinsèque. On peut donc dire que les signes entièrement arbitraires réalisent mieux que les autres l'idéal du procédé sémiologique ; c'est pourquoi la langue, le plus complexe et le plus répandu des systèmes d’expression, est aussi le plus caractéristique de tous ; en ce sens, la linguistique peut devenir le patron général de toute sémiologie, bien que la langue ne soit qu'un système particulier.
 On s'est servi du mot symbole pour désigner le signe linguistique, ou plus exactement ce que nous appelons le signifiant. Il y a des inconvénients à l’admettre, justement à cause de notre premier principe. Le symbole a pour caractère de n'être jamais tout à fait arbitraire ; il n'est pas vide, il y a un rudiment de lien naturel entre le signifiant et le signifié. Le symbole de la justice, la balance, ne pourrait pas être remplacé par n'importe quoi, un char, par exemple.
 Le mot arbitraire appelle aussi une remarque. Il ne doit pas donner l'idée que le signifiant dépend du libre choix du sujet parlant (on verra plus bas qu'il n’est pas au pouvoir de l’individu de rien changer à un signe une fois établi dans un groupe linguistique) ; nous voulons dire qu’il est immotivé; c'est-à-dire arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n'a aucune attache naturelle dans la réalité."
 
Saussure, Cours de Linguistique générale, 1916, I, Chap. I, §. 1 (« Signe, signifié, signifiant »), éd. Payot, 1978, p. 100-101.


 "Ce qui est arbitraire, c'est que tel signe, et non tel autre, soit appliqué à tel élément de la réalité, et non à tel autre. En ce sens, et en ce sens seulement, il est permis de parler de contingence, et encore sera-ce moins pour donner au problème une solution que pour le signaler et en prendre provisoirement congé. Car ce problème n'est autre que le fameux phusei ou thesei
[1]
et ne peut être tranché que par décret. C'est en effet, transposé en termes linguistiques, le problème métaphysique de l'accord entre l'esprit et le monde, problème que le linguiste sera peut-être un jour en mesure d'aborder avec fruit, mais qu'il fera mieux pour l'instant de délaisser. Poser la relation comme arbitraire est pour le linguiste une manière de se défendre contre cette question et aussi contre la solution que le sujet parlant y apporte instinctivement. Pour le sujet parlant, il y a entre la langue et la réalité adéquation complète : le signe recouvre et commande la réalité ; mieux, il est cette réalité."
  
Émile Benvéniste, Problèmes de linguistique générale, t. I, Éd. Gallimard, 1966, p. 52.

[1] En grec : "fait de nature ou institution".

  

  "[…] dire qu'Adam nomme les animaux, c'est affirmer la gratuité, la facticité du langage. Adam ne voit pas des noms tout faits, inscrits d'avance. Il n'a pas une science naturelle des mots, l'animal qui passe devant lui n'a pas un nom préalable, par exemple donné par Dieu. Non. Adam nomme, c'est-à-dire qu'il choisit le mot qui lui convient pour désigner tel animal, et ensuite toute autre chose. Il n'y, bibliquement, aucune conaturalité du langage et de l'objet nommé. C'est quand même assez important de souligner que dans un texte du VIIe siècle [avant J.-C.], avant toute réflexion sur le langage, entreprise où que ce soit, on trouve cette affirmation nette : si l'homme est parlant, cela vient de Dieu, mais le langage est fabriqué par l'homme qui se choisit lui-même, arbitrairement, les mots et les règles, la syntaxe. Arbitrairement par rapport à l'objet désigné, mais non arbitrairement en fonction des significations et des structures.
[...]

 De toute évidence, le langage est apparu comme arbitraire. Il n'y aucune relation naturelle entre le mot et la chose qu'il désigne. Il n'y a pas une onomatopée reproduisant le bruit de la mer et qui dans le langage désignerait la mer. Il n'y a aucun aboiement qui dans le langage désignerait le loup. Donc le langage est création artificielle, le mot n'est pas la chose, rien de la chose n'est subsumé dans le mot, celui-ci est purement conventionnel, il est appris aux enfants non pas comme une expérience nécessaire pour survivre dans le milieu comme imposition arbitraire d'une convention sociale." 
 
Jacques Ellul, La parole humiliée, 1981, Éditions du Seuil, p. 7 et p. 184

Retour au menu sur le langage

Date de création : 24/09/2012 @ 18:41
Dernière modification : 12/10/2012 @ 15:59
Catégorie :
Page lue 6116 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article

Recherche



Un peu de musique
Contact - Infos
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

^ Haut ^