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Texte à méditer :  La solution du problème de la vie, c'est une manière de vivre qui fasse disparaître le problème.  Wittgenstein
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Hors des sentiers battus
Langage et logique ; les imperfections du langage
 "Notre langue (ou toute autre langue parlée par des humains) est désespérément inadaptée pour servir de milieu intérieur à notre raisonnement. Regardez bien quelques-uns des problèmes suivants.
 Le premier, c'est l'ambiguïté. Ces gros titres ont réellement paru dans les journaux :
 
Une voiture transportant deux fûts de vin fait plusieurs tonneaux
Les chaussures André changent de mains
Succès croissant de l'opération brioche
Auguste Lumière s'éteint
Un trou de 25 millions dans la comptabilité du Consortium du gruyère
Dans le Sud-Est, la grève de l'essence fait tache d'huile
Les étudiants inquiets ne touchent plus leurs bourses
MARGARET RENONCE A PETER
 
chaque titre contient un mot qui est ambigu. Pourtant, l'idée derrière ce mot ne l'est pas. Les auteurs de ces titres savaient certainement lequel des deux sens des mots mains, tonneaux, croissant ils avaient en tête. Et s'il peut y avoir deux idées correspondant à un mot, les idées ne peuvent être des mots.
 Le deuxième problème, c'est que notre langue n'est pas logiquement explicite. Voyez l'exemple suivant créé pat le chercheur en informatique Drew McDermott :
 
Ralph est un éléphant.
Les éléphants vivent en Afrique.
Les éléphants ont des défenses.
 
Notre appareil à déduction, moyennant quelques modifications mineures pour adapter la grammaire des phrases, déduirait « Ralph vit en Afrique » et « Ralph a des défenses ». Ça a l'air bien, mais ça ne l'est pas. Vous, lecteur, qui êtes intelligent, vous savez bien que l'Afrique où vit Ralph est la même Afrique que celle où vivent tous les autres éléphants, mais que les défenses de Ralph ne sont qu'à lui. Or le copieur-rampeur-détecteur de symbole, qui est censé est un modèle de vous, ne sait pas cela, car il est impossible de trouver cette distinction nulle part dans aucune de ces affirmations. Si vous dites que c'est du simple bon sens, vous avez raison - mais c'est justement le bon sens que nous essayons d'expliquer, et les phrases ne comportent pas l'information qu'un processeur doit appliquer le bon sens.
 Un troisième problème, c'est ce qu'on appelle la « co-référence ». Imaginez que vous commencez à parler d'un individu en le présentant comme le grand homme blond à la chaussure noire. La deuxième fois que vous en parlerez dans la conversation, vous l'appellerez vraisemblablement l'homme ; la troisième fois, il tout simplement. Pourtant, ces trois expressions ne réfèrent pas à trois personnes, ni même à trois façons de penser à une seule personne; la deuxième et la troisième expression ne sont que des manières d'économiser sa salive. Il y a sûrement dans le cerveau quelque chose qui les traite comme renvoyant à la même chose, et ce n'est pas la langue.
 Un quatrième problème, qui est voisin, vient des aspects du langage qui ne peuvent être interprétés que dans le contexte d'une conversation ou d'un texte, ce que les linguistes appellent la « deixis ». Regardez des articles comme un et le. Quelle est la différence entre a tué un policier et a tué le policier ? La seule différence, c'est que, dans la seconde phrase, on suppose qu'un policier particulier a été mentionné plus tôt, ou est en évidence dans le contexte. Donc, prises isolément, les deux phrases sont synonymes, alors que, dans les contextes suivants (dont le premier, réel, est tiré d'un journal), elles ont des sens totalement différents :
 
Le fils d'un policier, âgé de quatorze ans, furieux, semble-t-il, d'avoir été puni pour une mauvaise note, a ouvert le feu de chez lui, tuant un policier et blessant trois personnes avant d'être abattu.
Le fils d'un policier, âgé de quatorze ans, furieux, semble-t-il, d'avoir été puni pour une mauvaise noté, a ouvert le feu de chez lui, tuant le policier et blessant trois personnes avant d'être abattu.
 
Sortis d'une conversation ou d'un texte particuliers, les mots un et le n'ont donc aucun sens. Ils n'ont aucune place dans notre banque de données mentale permanente. D'autres termes relatifs à la conversation comme ici, , ceci, cela, maintenant, alors, je, me, mon, son, nous et vous posent les mêmes problèmes, comme le montre cette vieille plaisanterie :
 
Premier type : Je n'ai pas couché avec ma femme avant notre mariage.
Et toi ?
Deuxième type : Je ne sais pas. Quel était son nom de jeune fille ?
 
Un cinquième problème, c'est la synonymie :
 
Sam aspergea de la peinture sur le mur.
Sam aspergea le mur avec de la peinture.
De la peinture fut aspergée sur le mur par Sam.
Le mur fut aspergé de peinture par Sam.
 
Ces phrases réfèrent au même événement, et de ce fait autorisent un grand nombre de déductions identiques. Par exemple, dans ces quatre cas, on peut déduire que le mur a de la peinture sur lui. Cependant, il y a quatre organisations distinctes de mots. On sait bien qu'ils veulent dire la même chose, mais aucun processeur simple, parcourant ces mots en tant que marques, ne le saurait. Il y a quelque chose d'autre, qui n'est pas une de ces organisations de mots, qui doit représenter le seul événement dont vous savez qu'il est commun aux quatre organisations de mots. Par exemple, l'événement pourrait être représenté comme
 
(Sam asperge peinturei) cause (peinturei aller à (sur) mur)
 
... ce qui, à supposer que l'on ne prend pas les mots au sérieux, n'est pas trop loin d'une des principales prémisses concernant ce à quoi ressemble le mentalais.
 Ces exemples, et il y en a bien d'autres, illustrent un point unique. À bien des égards, il n'y a pas adéquation entre d'une part les représentations sous-jacentes de la pensée et d'autre part les phrases exprimées dans une langue donnée. Toute pensée particulière dans notre tête ras- semble une grande quantité d'informations, mais quand il s'agit de communiquer une pensée à quelqu'un d'autre, le spectre de l'attention est limité, et la bouche est lente. Pour qu'une information parvienne dans la tête d'un auditeur dans un laps de temps raisonnable, un locuteur ne peut coder en mots qu'une fraction du message, et il doit compter sur l'auditeur pour compléter le reste. Cependant, à l'intérieur d'une seule tête, les besoins sont différents. Le temps d'antenne n'est pas une ressource limitée. Différentes parties du cerveau sont connectées entre elles directement avec des câbles épais qui peuvent transmettre rapidement d'énormes quantités d'informations. Cependant, rien ne peut être laissé à l'imagination, car les représentations internes sont l'imagination."
 
Steven Pinker, L'instinct du langage, 1994, tr. fr. Marie-France Desjeux, Odile Jacob, 1999, p. 76-78.
 
"English (or any other language peoplespeak) is hopelessly unsuited to serve as our internal medium ofcomputation. Consider some of the problems.
The first is ambiguity. These headlines actually appeared in newspapers:
 
Child's Stool Great for Use in Garden
Stud Tires Out
Stiff Opposition Expected to Casketless Funeral Plan
Drunk Gets Nine Months in Violin Case
Iraqi Head Seeks Arms
Queen Mary Having Bottom Scraped
Columnist Gets Urologist in Trouble with His Peers
 
Each headline contains a word that is ambiguous. But surely the thought underlying the word is not ambiguous; the writers of the headlines surely knew which of the two senses of the words stool, stud, and stiff they themselves had in mind. And if there can be two thoughts corresponding to one word, thoughts can't be words.
The second problem with English is its lack of logical explicitness. Consider the following example, devised by the computer scientist Drew McDermott :
 
Ralph is an elephant.
Elephants live in Africa.
Elephants have tusks.
 
Our inference-making device, with some minor modifications to handle the English grammar of the sentences, would deduce "Ralph lives in Africa" and "Ralph has tusks." This sounds fine but isn't. Intelligent you, the reader, knows that the Africa that Ralph lives in is the same Africa that all the other elephants live in, but that Ralph's tusks are his own. But the symbol-copier-creeper-sensor that is supposed to be a model of you doesn't know that, because the distinction is nowhere to be found in any of the statements. If you object that this is just common sense, you would be right—but it's common sense that we're trying to account for, and English sentences do not embody the information that a processor needs to carry out common sense.
 A third problem is called "co-reference." Say you start talking about an individual by referring to him as the tall blond man with one black shoe. The second time you refer to him in the conversation you are likely to call him the man; the third time, just him. But the three expressions do not refer to three people or even to three ways of thinking about a single person; the second and third are just ways of saving breath. Something in the brain must treat them as the same thing; English isn't doing it.
 A fourth, related problem comes from those aspects of language that can only be interpreted in the context of a conversation or text— what linguists call "deixis." Consider articles like a and the. What is the difference between killed a policeman and killed the policeman? Only that in the second sentence, it is assumed that some specific policeman was mentioned earlier or is salient in the context. Thus in isolation the two phrases are synonymous, but in the following contexts (the first from an actual newspaper article) their meanings are completely different :
 
A policeman's 14-year-old son, apparently enraged after
being disciplined for a bad grade, opened fire from his
house, killing a policeman and wounding three people
before he was shot dead.
A policeman's 14-year-old son, apparently enraged after
being disciplined for a bad grade, opened fire from his
house, killing the policeman and wounding three people
before he was shot dead.
 
Outside of a particular conversation or text, then, the words a and the are quite meaningless. They have no place in one's permanent
mental database. Other conversation-specific words like here, there,
this, that, now, then, I, me, my, her, we, and you pose the same
problems, as the following old joke illustrates :
 
First guy: I didn't sleep with my wife before we were married, did
you?
Second guy: I don't know. What was her maiden name?
 
A fifth problem is synonymy. The sentences
 
Sam sprayed paint onto the wall.
Sam sprayed the wall with paint.
Paint was sprayed onto the wall by Sam.
The wall was sprayed with paint by Sam.
 
refer to the same event and therefore license many of the same inferences. For example, in all four cases, one may conclude that the wall has paint on it. But they are four distinct arrangements of words. You know that they mean the same thing, but no simple processor, crawling over them as marks, would know that. Something else that is not one of those arrangements of words must be representing the single event that you know is common to all four. For example, the event might be represented as something like
 
(Sam spray painti) cause (painti go to (on wall))
 
—which, assuming we don't take the English words seriously, is not too far from one of the leading proposals about what mentalese looks like.
 These examples (and there are many more) illustrate a single important point. The representations underlying thinking, on the one hand, and the sentences in a language, on the other, are in many ways at cross-purposes. Any particular thought in our head embraces a vast amount of information. But when it comes to communicating a thought to someone else, attention spans are short and mouths are slow. To get information into a listener's head in a reasonable amount of time, a speaker can encode only a fraction of the message into words and must count on the listener to fill in the rest. But inside a single bead, the demands are different. Air time is not a limited resource: different parts of the brain are connected to one another directly with thick cables that can transfer huge amounts of information quickly. Nothing can be left to the imagination, though, because the internal representations are the imagination."
 
Steven Pinker, The language instinct, 1994, William Morrow and Company, Inc., New York, pp. 78-81.

Date de création : 03/05/2013 @ 14:38
Dernière modification : 03/05/2013 @ 14:38
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