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Texte à méditer :  Je vois le bien, je l'approuve, et je fais le mal.  Ovide
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Hors des sentiers battus
Vérité et bonheur

"LE BONHEUR EST INSÉPARABLE DE LA POSSESSION DE LA VÉRITÉ.

  Ne serait-il donc pas certain que tous veulent être heureux, puisque ceux qui ne veulent pas puiser leur joie en Vous, qui êtes le seul bonheur, ne veulent pas vraiment le bonheur ? Ou est-ce que tous le veulent, mais que « la chair convoitant contre l'esprit et l'esprit contre la chair « , ils ne font pas ce qu'ils veulent, retombent dans ce qu'ils peuvent et s'en accommodent, car ce qu'ils ne peuvent pas, ils ne le veulent pas assez énergiquement pour le pouvoir ?
  Je leur demande à tous s'ils préfèrent trouver la joie dans la vérité ou dans l'erreur ? Ils n'hésitent pas plus à dire qu'ils préfèrent la vérité qu'à déclarer qu'ils veulent être heureux. C'est que le bonheur consiste dans la joie issue de la vérité. Et cette joie, c'est la joie qui naît de vous, qui êtes la Vérité même, ô Dieu, « ma lumière, salut de ma face, mon Dieu ! »
  Ce bonheur, tous le veulent, oui, ce bonheur, l'unique, tous le veulent ; cette joie qui vient de la vérité, tous la veulent. J'ai rencontré bien des gens avec la volonté de tromper, mais personne qui admît d'être trompé. Où donc ont-ils appris à connaître le bonheur, sinon là où ils ont appris à connaître la vérité ? Ils aiment aussi la vérité, vu qu'ils ne veulent pas être trompés, et, dès lors qu'ils aiment le bonheur, qui n'est rien d'autre que la joie issue de la vérité, ils aiment forcément aussi la vérité ; et ils ne l'aimeraient pas, si leur mémoire n'en conservait quelque notion.
  D'où vient donc qu'ils n'y trouvent pas la joie ? D'où vient qu'ils ne sont pas heureux ? C'est qu'ils sont trop occupés d'autres soins, qui leur coûtent plus de maux que ne peut leur valoir de bonheur un si faible souvenir.
  « Une petite lumière brille encore chez les hommes. » Qu'ils marchent, ah ! qu'ils marchent « afin que les ténèbres ne les surprennent pas ! »
  Mais pourquoi « la vérité engendre-t-elle la haine » ? Pourquoi les hommes regardent-ils comme un ennemi celui qui la prêche en votre nom, alors qu'on aime le bonheur qui n'est pas autre chose que la joie née de la vérité ? Pour cette simple raison que la vérité est tellement aimée que, quoi qu'ils aiment, ils veulent que ce soit la vérité ; et, ne voulant pas être trompés, ils ne veulent pas non plus être convaincus d'erreur. Ainsi ils détestent la vérité par amour de ce qu'ils prennent pour la vérité. Ils aiment la lumière quand elle luit, ils la haïssent quand elle les confond ; et, comme ils n'acceptent pas d'être trompés, tout en voulant tromper eux-mêmes, ils l'aiment quand elle s'annonce, ils la détestent quand elle les dénonce. Et voici leur châtiment : ils ne veulent pas être découverts par elle, elle ne les en découvre pas moins et ne se découvre pas à eux.
  C'est ainsi, ainsi, oui, ainsi qu'est fait le cœur de l'homme ! Aveugle et lâche, déshonnête et laid, il veut demeurer caché, mais il ne consent pas que rien lui demeure caché. Il en est puni : il ne se dérobe pas à la vérité, tandis que la vérité se dérobe à lui. Cependant, si misérable qu'il soit, il préfère goûter la joie dans la vérité que dans l'erreur. Il sera donc heureux, lorsque, libre de toute inquiétude, il jouira de l'unique Vérité, principe de tout ce qui est vrai."

 

Augustin, Les confessions, 398, tr. fr. Joseph Trabucco, GF, 1964, p. 226-227.



  "Tout ce qui contredit le bien-être de l'homme, ne peut avoir que le mensonge pour auteur ; tout système qui lui nuit ne peut être véritable ; la vérité n'est un bien que parce qu'elle est utile ; elle n'est utile que parce qu'elle est nécessaire au bonheur de l'homme ; le bon et le vrai sont inséparablement associés ; ce qui est vrai ne peut être mauvais ; ce qui est mauvais ne peut être véritable ; ce qui est bon ne peut avoir la fausseté pour base ; ce qui est nuisible ne peut être que l'ouvrage de la fraude et du délire, et par conséquent ne peut mériter les respects du vrai Sage. La sagesse n'est rien si elle ne conduit au bonheur."

 

Paul-Henri Thiry D'Holbach, Essai sur les préjugés, 1770, Chapitre XI, in Œuvres philosophiques complètes, tome II, Éditions Alive, 1999, p. 118-119.



  "Personne ne croira aisément qu'une doctrine est vraie, pour la simple raison qu'elle rend heureux ou vertueux, excepté peut-être les gracieux « idéalistes », enthousiastes du bon, du vrai et du beau, qui font nager dans leur vivier toute sorte de desiderata bariolés, patauds et débonnaires. Bonheur et vertu ne sont pas des arguments. Mais même des esprits réfléchis ont tendance à oublier que le malheur et la méchanceté ne sont pas non plus des objections valables. Une chose peut être vraie même si elle est au plus haut point nuisible et dangereuse ; il se pourrait même que la constitution foncière de l'existence impliquât qu'on ne pût la connaître à fond sans périr, de telle sorte que la vigueur d'un esprit se mesurerait à la dose de « vérité » qu'il pourrait à la rigueur supporter, ou plus précisément au degré auquel il aurait besoin que cette vérité lui fût diluée, voilée, édulcorée, assourdie, faussée."

 

Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, 1886, § 39, tr. fr. Geneviève Bianquis, coll. 10/18, 1998, p. 78-79.


 

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Date de création : 25/07/2014 @ 07:44
Dernière modification : 16/03/2015 @ 07:58
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