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Texte à méditer :  

Il est vrai qu'un peu de philosophie incline l'esprit de l'homme à l'athéisme; mais que davantage de philosophie le ramène à la religion.   Francis Bacon


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Hors des sentiers battus
L'adoption de nouvelles croyances

  "[Examinons] le processus bien connu par lequel un individu adopte de nouvelles opinions. Les choses se passent toujours de la même façon : la personne dispose d'un stock d'opinions mais elle rencontre une expérience nouvelle qui les remet en question. Quelqu'un les contredit ou, dans un moment de réflexion, la personne elle-même se rend compte qu'elles se contredisent entre elles, ou bien elle entend parler de faits avec lesquels elles sont incompatibles ; ou encore elle ressent des désirs qu'elles ne peuvent plus satisfaire. Il en résulte un trouble intérieur que n'avait jamais connu son esprit auparavant, et auquel elle tente d'échapper en modifiant la masse de ses opinions antérieures. Elle en conserve autant qu'elle peut car en matière de croyances, nous sommes tous extrêmement conservateurs. Elle cherche ainsi à modifier une première opinion, puis une autre (car leur résistance au changement est très variable) jusqu'à ce que surgisse une idée nouvelle qu'elle puisse greffer sur les anciennes en leur causant le moins de perturbation possible ; une idée qui concilie le fonds ancien avec l'expérience nouvelle et les accorde de façon tout à fait heureuse et opportune.
  Cette nouvelle idée est dès lors reconnue pour vraie et adoptée. Elle préserve l'ancien fonds de vérités en ne lui imposant qu'un minimum de modifications, juste l'effort nécessaire pour admettre la nouveauté tout en la lui présentant de façon aussi familière que possible. On n'accepterait jamais comme interprétation juste d'un fait nouveau une explication extravagante qui irait à l'encontre de toutes nos idées antérieures. On continuerait à se creuser laborieusement la tête pour trouver quelque chose de moins excentrique. Même les révolutions les plus radicales dans les croyances d'un individu laissent en place en grande partie l'ordre ancien. Le temps et l'espace, les relations de cause à effet, la nature et l'histoire ainsi que l'histoire propre à l'individu demeurent intacts. Une vérité nouvelle cherche toujours à concilier et à aplanir les transitions. Elle accorde l'ancienne opinion au fait nouveau en cherchant invariablement à produire le moins de heurts et la plus grande continuité possibles."

 

William James, Le pragmatisme, 1907, Leçon II, tr. fr. Nathalie Ferron, Champs classiques, 2011, p. 123-125.

 

  "L'individu possède déjà tout un ensemble d'opinions, lorsqu'une expérience nouvelle survient, qui les met à la gêne. Quelqu'un les contredit, par exemple ; ou bien c'est lui-même qui, dans un moment de réflexion, s'aperçoit qu'elles se contredisent ; ou bien il entend parler de faits avec lesquels elles sont incompatibles ; ou bien encore il lui vient des désirs qu'elles ne peuvent plus satisfaire. Il en résulte un malaise que son esprit n'avait jamais connu. Pour en sortir, il modifie ses opinions antérieures. Il en sacrifie pourtant le moins possible, car, en matière de croyances, nous sommes tous conservateurs à l'extrême ! il essaie alors de changer telle opinion, puis telle autre, — leur résistance respective étant très variable, — jusqu'au moment où finit par surgir quelque idée nouvelle qu'il peut greffer sur les anciennes avec le moindre dérangement possible pour celles-ci; quelque idée formant un heureux et commode trait d'union entre l'expérience actuelle et l'expérience passée qui se continuent ainsi l'une dans l'autre.
  Voici donc une idée nouvelle, désormais adoptée comme vraie à la place d'une autre. Elle permet de conserver, avec un simple minimum de changements, celles qui l'avaient précédée, car elle n'exerce une contrainte sur celles-ci, que juste assez pour leur faire admettre le fait nouveau, et même le leur présente sous des formes aussi peu imprévues que le permettent les circonstances. Une explication outrée faisant violence à toutes nos idées antérieures, ne passerait jamais à nos yeux pour l'interprétation vraie d'un fait jusqu'alors ignoré : nous gratterions, pour ainsi dire, le sol tout autour jusqu'à ce que nous eussions trouvé quelque chose de moins extravagant !
  Ainsi les plus violentes révolutions qui s'accomplissent dans les croyances d'un homme, laissent debout, sur la plupart des points, l'ordre de choses précédemment établi en lui. Le temps et l'espace, la relation universelle de cause à effet, la nature et l'histoire, ainsi que sa propre biographie : tout cela demeure intact. Une vérité nouvelle est toujours une conception qui concilie tout et qui aplanit les transitions. Elle préside à l'union d'une vieille opinion avec un fait nouveau, de manière à rendre sensible, pour un minimum de secousse, un maximum de continuité. Nous tenons pour vraie une théorie dans la mesure exactement : où elle réussit à résoudre ce  « problème de quantité maxima et de quantité minima ». Or, elle n'y réussit jamais qu'approximativement. Nous disons que telle théorie donne une solution plus satisfaisante que telle autre théorie. Pour qui la solution est-elle plus satisfaisante ? Pour nous qui le disons et la satisfaction pour différentes personnes porte sur des points différents. Ici donc, dans une certaine mesure, rien que de « plastique  » : il ne s'agit encore que d'assimilation."

 

William James, Le pragmatisme, 1907, Leçon II, tr. fr. E. Le Brun, Flammarion.

 

  "The observable process which Schiller and Dewey particularly singled out for generalisation is the familiar one by which any individual settles into new opinions. The process here is always the same. The individual has a stock of old opinions already, but he meets a new experience that puts them to a strain. Somebody contradicts them; or in a reflective moment he discovers that they contradict each other; or he hears of facts with which they are incompatible; or desires arise in him which they cease to satisfy. The result is an inward trouble to which his mind till then had been a stranger, and from which he seeks to escape by modifying his previous mass of opinions. He saves as much of it as he can, for in this matter of belief we are all extreme conservatives. So he tries to change first this opinion, and then that (for they resist change very variously), until at last some new idea comes up which he can graft upon the ancient stock with a minimum of disturbance of the latter, some idea that mediates between the stock and the new experience and runs them into one another most felicitously and expediently.
  This new idea is then adopted as the true one. It preserves the older stock of truths with a minimum of modification, stretching them just enough to make them admit the novelty, but conceiving that in ways as familiar as the case leaves possible. An outrée [outrageous] explanation, violating all our preconceptions, would never pass for a true account of a novelty. We should scratch round industriously till we found something less eccentric. The most violent revolutions in an individual’s beliefs leave most of his old order standing. Time and space, cause and effect, nature and history, and one’s own biography remain untouched. New truth is always a go-between, a smoother-over of transitions. It marries old opinion to new fact so as ever to show a minimum of jolt, a maximum of continuity."

 

William James, Pragmatism, 1907, Lecture II, Harvard University Press, 2000, pp. 34-35.

 

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Date de création : 16/02/2015 @ 13:40
Dernière modification : 16/02/2015 @ 13:47
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