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Nature naturante et nature naturée

  "De chaque réalité corruptible nous pouvons parler de deux façons : du point de vue de la nature en général, et du point de vue d'une nature particulière. - Une nature particulière est la vertu active propre à chaque chose et travaillant à conserver cette chose. Par rapport à elle, toute corruption et toute privation sont contre nature, dit le Philosophe, puisqu'il y a une vertu qui cherche l'existence et la conservation de l'être en qui elle existe.
  La nature universelle au contraire est la vertu active qui réside en quelque grand principe de l'univers, par exemple dans l'un des corps célestes ou dans l'une des substances supérieures ; c'est ainsi que Dieu est appelé par certains « la nature naturante ». Cette grande force cherche le bien et la conservation de l'univers, ce qui exige alternance de génération et de corruption dans les choses. De ce point de vue, la corruption et les privations sont naturelles aux choses, non certes d'après les tendances de la forme, qui est principe d'existence et de perfection, mais d'après celles de la matière, laquelle est attribuée à telle et telle forme suivant une certaine proportion distributive que règlent les grands agents de l'univers. Et, bien que toute forme cherche, autant qu'elle peut, à exister perpétuellement, aucune cependant dans l'ordre des réalités corruptibles ne peut obtenir la perpétuité de son être. Sauf l'âme rationnelle, parce qu'elle n'est pas entièrement soumise comme les autres formes au monde de la matière et qu'elle a en propre, bien au contraire, une activité immatérielle, on l'a établi dans la première Partie. Il résulte de là que, du côté de sa forme, la non-corruption est chose plus naturelle à l'homme qu'elle ne l'est aux autres réalités corruptibles. Mais, parce que cette forme a elle-même une matière composée d'éléments contraires, la corruptibilité du tout est un effet de l'inclination de la matière. Ainsi, l'homme est naturellement corruptible suivant la nature d'une matière laissée à elle-même, mais non point suivant la nature de sa forme."

 

Thomas d'Aquin, Somme théologique, tr. fr. A.-M. Roguet, t. 2, Cerf, 1984, p. 539.


 

  "Chapitre VIII : De la Nature naturante

  Avant de passer à quelque autre sujet, nous diviserons maintenant brièvement la Nature totale, savoir en Nature naturante et Nature naturée.
  Par Nature naturante nous entendons un être que par lui-même, sans avoir besoin d'aucune autre chose que lui-même (tels les attributs que nous ayons jusqu'ici signalés), nous concevons clairement et distinctement, lequel être est Dieu. De même aussi les Thomistes ont entendu Dieu par là ; toutefois leur Nature naturante était un être (ainsi l'appelaient-ils) extérieur à toutes substances.

  Quant à la Nature naturée, nous la diviserons en deux, une universelle et l'autre particulière. L'universelle se compose de tous les modes qui dépendent immédiatement de Dieu ; nous en traiterons dans le chapitre suivant. La particulière se compose de toutes les choses particulières qui sont causées par les modes universels. De sorte que la Nature naturée, pour être bien conçue, a besoin de quelque substance.

  Chapitre IX : De la Nature naturée

  (1) Pour ce qui touche maintenant la Nature naturée universelle ou les modes ou créatures qui dépendent immédiatement de Dieu ou sont créés immédiatement par lui, nous n'en connaissons pas plus de deux, savoir le mouvement dans la matière et l'entendement dans la chose pensante. Desquels nous disons qu'ils ont été de toute éternité, et resteront immuables dans toute l'éternité. Œuvre aussi grande vraiment qu'il convenait à la grandeur de l'ouvrier.
  (2) Pour ce qui concerne le Mouvement en particulier, comme il appartient plus proprement à ceux qui traitent de la science de la Nature qu'à nous ici d'expliquer comment il se fait qu'il a été de toute éternité et doit demeurer immuable dans l'éternité, qu'il est infini en son genre, qu'il ne peut exister ni être conçu par lui-même, mais seulement par le moyen de l'étendue, de tout cela, dis-je, nous ne traiterons pas ici, mais nous en dirons seulement qu'il est un Fils, un Ouvrage, ou un Effet immédiatement créé par lui.
  (3) Concernant l'Entendement dans la chose pensante, il est aussi bien un Fils, un Ouvrage, ou une Créature immédiate de Dieu, créée de toute éternité et demeurant immuable dans l'éternité.
  Il a pour seule propriété de tout percevoir clairement et distinctement en tout temps ; d'où naît une immuable jouissance infinie ou parfaite qui ne peut omettre de faire ce qu'elle fait. Et bien que cela soit déjà assez clair par soi-même, nous le démontrerons encore plus clairement en traitant des affections de l'Âme, et c'est pourquoi nous n'en dirons ici pas davantage."

 

Spinoza, Court Traité, 1660, I, chap. VIII et IX, tr. fr.  Appuhn.

 

  "[Procédons] à un bref aperçu sur la division de la nature en natura naturans et natura naturata.
  Par natura naturans, nous entendons un être que nous concevons clairement et distinctement par lui-même, sans avoir besoin d'aucune autre chose que lui-même (comme les attributa dont nous avons parlé jusqu'ici) ; un tel être est Dieu. C'est également ainsi que les thomistes ont compris Dieu ; cependant leur natura naturans était un être (comme ils l'appelaient) extérieur à toutes les substances.

  Quant à la natura naturata, nous la diviserons en universelle et particulière. L'universelle est constituée par tous les modes qui dépendent immédiatement de Dieu, il en sera traité dans le prochain chapitre. La particulière se compose de toutes les choses particulières qui sont causées par les modes universels, de sorte que la natura naturata, pour être conçue correctement, nécessite quelques substances.

  1. – En ce qui concerne la natura naturata universelle autrement dit les créatures qui dépendent immédiatement de Dieu et sont créées immédiatement par Dieu, nous n'en connaissons que deux : le mouvement dans la matière et l'entendement dans la chose pensante. Nous disons d'elles qu'elles ont été créées de toute éternité et resteront immuables dans toute l'éternité. Œuvre aussi grande, en vérité, qu'il convenait à la grandeur de l'ouvrier !
  2. – En ce qui concerne le mouvement, il appartient plus proprement à ceux qui s'occupent de la science de la nature d'expliquer comment il est possible qu'il ait été de toute éternité et doive rester immuable dans l'éternité, qu'il est infini en son genre, qu'il ne peut exister ni être conçu par lui-même, mais seulement par le moyen de l'étendue. Nous n'en traiterons donc pas ici et dirons seulement qu'il est un fils, un ouvrage, un effet immédiatement créé par Dieu.

  3. – En ce qui concerne l'entendement, dans la chose pensante, il est aussi un fils, un ouvrage ou une créature immédiate de Dieu, créée de toute éternité et qui demeure immuable dans l'éternité. Il a pour seule propriété de percevoir clairement et distinctement en tous temps, il est à I'origine d'une jouissance immuable, infinie, autrement dit absolument parfaite, qui ne peut s'abstenir de faire ce qu'elle fait. Cela est déjà assez clair par soi-même et nous le démontrerons encore plus clairement en traitant des sentiments de l'âme et c'est pourquoi nous n'en dirons pas ici davantage."

 

Spinoza, Court traité sur Dieu, l'homme et sa félicité, 1660, I, chapitres VIII-IX, in Œuvres complètes, Gallimard, Pléiade, 1937, p. 168-170.


 

  "Je veux expliquer ici ce qu'il faut entendre par Nature Naturante et Nature Naturée ou plutôt le faire observer. Car déjà par ce qui précède, il est établi, je pense, qu'on doit entendre par Nature Naturante, ce qui est en soi et est conçu par soi, autrement dit ces attributs de la substance qui expriment une essence éternelle et infinie, ou encore […] Dieu en tant qu'il est considéré comme cause libre. Par Nature Naturée, j'entends tout ce qui suit de la nécessité de la nature de Dieu, autrement dit de celle de chacun de ses attributs, ou encore tous les modes des attributs de Dieu, en tant qu'on les considère comme des choses qui sont en Dieu et ne peuvent sans Dieu ni être ni être conçues."

 

Spinoza, Éthique, 1677, Livre I, Proposition 29, scolie, tr. fr. Charles Appuhn, GF, p. 52-53.

 

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Date de création : 20/09/2015 @ 15:42
Dernière modification : 20/09/2015 @ 15:44
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