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Texte à méditer :  Le progrès consiste à rétrograder, à comprendre [...] qu'il n'y avait rien à comprendre, qu'il y avait peut-être à agir.   Paul Valéry
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Hors des sentiers battus
La remise en cause de la distinction entre l'homme et l'animal

  "La même mécanique, qui ouvre le canal d'Eustache dans les sourds, ne pourrait-elle le déboucher dans les singes ? Une heureuse envie d'imiter la prononciation du maître, ne pourrait-elle mettre en liberté les organes de la parole dans des animaux qui imitent tant d'autres signes avec tant d'adresse et d'intelli­gence ? Non seulement je défie qu'on me cite aucune expérience vraiment concluante, qui décide mon projet impossible et ridicule, mais la similitude de la structure et des opérations du singe est telle, que je ne doute presque point, si on exerçait parfaitement cet animal, qu'on ne vînt à bout de lui apprendre à prononcer, et par conséquent à savoir une langue. Alors ce ne serait plus ni un homme sauvage, ni un homme manqué : ce serait un homme parfait, un petit homme de ville, avec autant d'étoffe ou de muscles que nous-mêmes, pour penser et profiter de son éducation.
  Des animaux à l'homme, la transition n'est pas violente ; les vrais philosophes en conviendront. Qu'était l'homme, avant l'invention des mots et la connaissance des langues ? Un animal de son espèce, qui avec beaucoup moins d'instinct naturel, que les autres, dont alors il ne se croyait pas roi, n'était distingué du singe et des autres animaux, que comme le singe l'est lui-même ; je veux dire, par une physionomie qui annonçait plus de discernement. Réduit à la seule connaissance intuitive des Leibniziens, il ne voyait que des figures et des couleurs, sans pouvoir rien distinguer entre elles ; vieux, comme jeune, enfant à tout âge, il bégayait ses sensations et ses besoins, comme un chien affamé, ou ennuyé du repos, demande à manger, ou à se promener.
  Les mots, les langues, les lis, les sciences, les beaux Arts sont venus ; et par eux enfin le diamant brut de notre esprit a été poli. On a dressé un homme, comme un animal ; on est devenu auteur, comme porte-faix. Un géomètre a appris à faire les démonstrations et les calculs les plus difficiles, comme un singe à ôter, ou mettre son petit chapeau, et à monter sur son chien docile. Tout s'est fait par des signes ; chaque espèce a compris ce qu'elle a pu comprendre ; et c'est de cette manière que les hommes ont acquis la connaissance symbolique, ainsi nommée encore par nos philosophes d'Allemagne."

 

La Mettrie, L'Homme-machine, 1748, Denoël/Gonthier, 1981, p. 109-110.



  "Dans la pensée occidentale, nature et culture constituent classiquement les deux termes d'une opposition fondamentale et irréductible. L'homme est par essence un animal de culture, ce qui non seulement le distingue de tout animal, mais le distingue suffisamment pour le faire sortir de l'animalité. Cette vision de l'homme est corrélative d'une façon de se représenter l'animal comme une espèce de robot autonome plus ou moins intelligent, mais fondamentalement programmé a priori. […] je soutiens la thèse selon laquelle loin de s'opposer à la nature, la culture est un phénomène qui est intrinsèque au vivant dont elle constitue une niche particulière, qu'on en trouve les prémices dès les débuts de la vie animale, et que le développement de ces comportements permet de comprendre comment un authentique « sujet » a émergé de l'animalité. […] Il ne s'agit naturellement pas de considérer que les animaux sont tous des espèces d'humains ; une telle approche anthropomorphique a perdu toute pertinence depuis longtemps. La question est ailleurs. En particulier dans la nécessité face à laquelle nous nous trouvons désormais de devoir penser le phénomène culturel dans une perspective évolutionniste et pluraliste, et non plus poussés par la volonté de dégager le "propre de l'homme" une fois pour toutes. Il ne faut plus penser la culture en opposition à la nature, mais prendre conscience de la pluralité des cultures chez des créatures d'espèces très différentes."

 

Dominique Lestel, Les origines animales de la culture, 2001, Flammarion, p. 8-9.

 

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Date de création : 10/10/2015 @ 12:04
Dernière modification : 10/10/2015 @ 12:04
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