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Texte à méditer :  Je vois le bien, je l'approuve, et je fais le mal.  Ovide
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Hors des sentiers battus
Les différentes représentations culturelles du monde

  "Selon les caractéristiques que les humains décèlent dans les existants par rapport à l'idée qu'ils se font des propriétés physiques et spirituelles de leur propre personne, des continuités ou des discontinuités d'ampleurs inégales sont instituées entre les entités du monde, des regroupements sur la base de l'identité et de la similitude prennent force d'évidence, des frontières émergent qui cloisonnent différentes catégories d'êtres dans des régimes d'existence séparés. La distribution des quatre combinaisons de ressemblances et de différences s'organise à partir de deux axes verticaux. L'un est caractérisé par de grands écarts dichotomiques, par la prééminence du continu sur le discontinu et par l'inversion des pôles d'inclusion hiérarchique : la continuité des intériorités entre humains et non- humains partageant une même « culture » prend dans l'animisme la valeur de l'universel (par contraste avec le particulier et le relatif qu'introduisent les différences de formes et d'équipements biologiques), tandis que c'est la continuité des physicalités dans le champ unifié de la « nature » qui joue ce rôle dans le naturalisme (par contraste avec le particulier et le relatif qu'introduisent les différences culturelles). L'autre axe privilégie les contiguïtés chromatiques et juxtapose en une symétrie couplée un système de ressemblances tendant vers l'identité, le totémisme, et un système de différences graduelles tendant vers la continuité, l'analogisme.

grands écarts

(englobement)

petits écarts

(symétrie)

  • ressemblance des intériorités (continuité des âmes)
  • différence des physicalités (discontinuité des formes pouvant déboucher sur une hétérogénéité des points de vue)

animisme

totémisme

modèle australien

  • ressemblance des intériorités (identité des âmes-essences et conformité des membres d'une classe à un type)

 

 

  • ressemblance des physicalités (identité de substance et de comportement)
  • différence des intériorités (discontinuité des esprits)

 

 

  • ressemblance des physicalités (continuité de la matière)

naturalisme

analogisme

  • différence des intériorités (discontinuité graduelle des composantes des existants)
  • différence des physicalités (discontinuité graduelle des composants existants)

  On pourrait objecter avec raison que le monde et ses usages sont bien trop complexes pour être réduits à ce genre de combinaison élémentaire. Rappelons donc que les modes d'identification ne sont pas des modèles culturels ou des habitus localement dominants, mais des schèmes d'intégration de l'expérience qui permettent de structurer de façon sélective le flux de la perception et le rapport à autrui en établissant des ressemblances et des différences entre les choses à partir des ressources identiques que chacun porte en soi : un corps et une intentionnalité. Les principes qui régissent ces schèmes étant universels par hypothèse, ils ne sauraient être exclusifs les uns des autres et l'on peut supposer qu'ils coexistent en puissance chez tous les humains. L'un ou l'autre des modes d'identification devient certes dominant dans telle ou telle situation historique, et se trouve donc mobilisé de façon prioritaire dans l'activité pratique comme dans les jugements classificatoires, sans que ne soit pour cela annihilée la capacité qu'ont les trois autres de s'infiltrer occasionnellement dans la formation d'une représentation, dans l'organisation d'une action ou même dans la définition d'un champ d'habitudes. Ainsi, la plupart des Européens sont- ils spontanément naturalistes – et je ne m'exclus pas du lot – en raison de leur éducation formelle et informelle. Cela n'empêche pas certains d'entre eux, en certaines circonstances, de traiter leur chat comme s'il avait une âme, de croire que l'orbite de Jupiter aura une influence sur ce qu'ils feront le lendemain, ou encore de s'identifier à tel point à un lieu et à ses habitants humains et non- humains que le reste du monde leur paraît être d'une nature entièrement différente de celle du collectif auquel ils sont attachés. Ils n'en sont pas devenus pour autant animiques, analogiques ou totémiques, les institutions qui encadrent leur existence et les automatismes acquis au fil du temps étant suffisamment inhibants pour éviter que ces glissements épisodiques dans d'autres schèmes n'aboutissent à les doter d'une grille ontologique tout à fait distincte de celle en vigueur dans leur entourage."

 

Philippe Descola, Par-delà nature et culture, 2005, Gallimard nrf, p. 321-323.

 

  "J'ai avancé la proposition qu'il y avait quatre grandes façons dans le monde de concevoir les relations avec les avec les non-humains, essentiellement les plantes et les animaux. La première consiste à penser que les non-humains sont pourvus d'une âme ou d'une conscience identique à celle des humains mais qu'ils se distinguent les uns des autres par des corps différents leur permettant de vivre dans des milieux différents, comme c' est le cas en Amazonie ; la deuxième consiste à penser que les humains sont les seuls êtres dotés de raison mais qu'ils ne se distinguent pas sur le plan physique des non-humains, comme c'est le cas chez nous depuis quelques siècles ; la troisième consiste à penser que des humains et des non-humains partagent des quali­tés physiques et morales identiques qui se distinguent d'autres ensembles de qualités physiques et morales partagées par d'autres ensembles d'humains et de non-humains, comme c'est le cas en Australie ; la dernière consiste à penser que chaque humain et chaque non-humain est différent de tous les autres, mais qu'il est capable d'entre­tenir avec d'autres des rapports d'analogie (plus grand ou plus petit, plus chaud ou plus froid, etc.), comme c'est le cas en Chine ou au Mexique."

 

Philippe Descola, Diversité des natures, diversité des cultures, 2013, Bayard, p. 51-52.

 

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Date de création : 19/01/2021 @ 13:23
Dernière modification : 19/01/2021 @ 13:27
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