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Texte à méditer :  Il n'est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt.  David Hume
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Hors des sentiers battus
La notion d'autorité

  "Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c'est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l'état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d'une autre origine que la nature. Qu'on examine bien et on la fera toujours remonter a l'une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s'en est emparé ; ou le consentement de ceux qui s'y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils ont déféré l'autorité.
  La puissance qui s'acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent : en sorte que, si ces derniers deviennent a leur tour les plus forts, et qu'ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité la défait alors : c'est la loi du plus fort.
  Quelquefois l'autorité qui s'établit par la violence change de nature ; c'est lorsqu'elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu'on a soumis : mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l'était arrogée devenant alors prince cesse d'être tyran.
  La puissance, qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions qui en rendent l'usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites ; car l'homme ne doit ni ne peut se donner entièrement sans réserve à un autre homme, parce qu'il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier. C'est Dieu, jaloux absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu’ils obéissent à l'un d’eux ; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve afin que la créature ne s'arroge pas les droits du créateur. Toute autre soumission est le véritable crime de l'idolâtrie. Fléchir le genou devant un homme ou devant une image n'est qu'une cérémonie extérieure, dont le vrai Dieu, qui demande le cœur et l'esprit, ne se soucie guère, et qu'il abandonne à l'institution des hommes pour en faire, comme il leur conviendra, des marques d'un culte civil et politique, ou d’un culte de religion. Ainsi ce ne sont point ces cérémonies en elles-mêmes, mais l’esprit de leur établissement, qui en rend la pratique innocente ou criminelle. Un Anglais n'a point de scrupule à servir le roi le genou en terre ; le cérémonial ne signifie que ce qu'on a voulu qu'il signifiât ; mais livrer son cœur, son esprit et sa conduite sans aucune réserve à la volonté et au caprice d'une pure créature, en faire l'unique et le dernier motif de ses actions c'est assurément un crime de lèse-majesté divine au premier chef."

 

Diderot, Article "Autorité politique" de l'Encyclopédie, 1751.



  "Je crois que nous serons tous d'accord sur ce que la distinction capitale entre l'autorité de commandement et l'autorité de compétence est que l'autorité de commandement n'est pas fondée sur la raison et que l'autorité de compétence est fondée sur la raison. Naturellement il resterait à définir  ce qui tient dans un mot aussi riche de sens accumulés que le mot « raison »,  mais, sommairement et pour l'usage que nous aurions à faire de ce mot, par exemple pour ce que je vous disais des discours et de la désarticulation, de la précipitation des discours, l'autorité de commandement est une autorité où la raison n'est pas, ne réside pas, qui ne s'exerce pas au nom de la raison et l'autorité de compétence est une autorité qui s'exerce au nom de la raison, qui tient de la raison. Cette distinction demeure d'ailleurs, quelle que soit la forme sous laquelle apparaisse ou n'apparaisse pas la raison. Une autorité est une autorité de commandement, quelle que soit la  forme de la force, irrationnelle, déraisonnable, que ce soit l'autorité de guerre, l'autorité d'un seul, ou l'autorité de plusieurs, ou l'autorité de tous fonctionnant par la voix des majorités, par les surprises des majorités ou par les incompétences des majorités ; il n'y a aucune différence absolument entre ces différentes autorités de commandement à l'égard de la raison, à l'égard de la liberté, elles sont exactement la même.
  Je veux noter encore un point un peu particulier. Non seulement toutes les autorités de commandement, qu'elles s'appuient sur la force des armées, qu'elles s'appuient sur des forces économiques, par exemple sur un affamement plus ou moins savant, sur un boycottage, qu'elles s'appuient sur des sanctions d'appareils juridiques, sur des lois de majorités par exemple, non seulement au regard de la raison, elles ne valent pas plus l'une que l'autre, mais toutes les fois qu'on entend mêler l'autorité de compétence à l'autorité de commandement, toutes les fois qu'on entend mêler l'usage de la raison à l'usage de la force, ce n'est nullement la force qui est ennoblie par sa communication avec la raison, c'est au contraire la raison qui est avilie par sa promiscuité avec la force.

  Je prends un exemple qui s'applique à la plupart des pédagogies. On élève des enfants, on veut leur faire croire, ce qui est difficile et mensonger, qu'on n'est pas les plus forts. On ne fait appel qu'à la raison, on les traite comme des personnes pures. À un moment cela ne marche pas. À ce moment la sanction réapparaît, que ce soit un pensum ou...
  Toutes les fois qu'on entend mêler l'usage de la raison à l'usage de la force, il y a contamination de la raison par la force et nullement épuration de la force par la raison ; la raison prétend se poser toute, être pure, ou ne se poser pas. En réalité, et je vais plus loin, peut-être les usages communs de la force et de la raison, même quand c'est la vraie raison, sont-ils beaucoup plus dangereux pour la raison et pour la liberté que les autorités de commandement qui se prétendent nettement des autorités de commandement. Si vous lisez dans les journaux tout ce qu'on dit de la société moderne, vous n'ignorez pas qu'il y a une religion de la société moderne ;  oubliant que ces sociétés bourgeoises sont fondées sur l'injustice économique, beaucoup les présentent comme ayant des vertus premières et  indiscutables. La plupart des raisonnements qu'on tient sont des raisonnements où la raison qui s'enseigne dans les leçons est contaminée par la raison économique qui s'enseigne dans les ateliers." (1904)

 

Charles Péguy, Conférence à l'École des hautes études sociales, De l’anarchisme politique. Janvier 1904. Œuvres en prose complètes. I, p. 1802.


  "Quand nous obéissons à une personne en raison de l'autorité morale que nous lui reconnaissons, nous suivons ses avis, non parce qu'ils nous semblent sages, mais parce qu'à l'idée que nous nous faisons de cette personne, une énergie psychique d'un certain genre est immanente, qui fait plier notre volonté et l'incline dans le sens indiqué. Le respect est l'émotion que nous éprouvons quand nous sentons cette pression intérieure et toute spirituelle se produire en nous. Ce qui nous détermine alors, ce ne sont pas les avantages ou les inconvénients de l'attitude qui nous est prescrite ou recommandée ; c'est la façon dont nous nous représentons celui qui nous la recommande ou qui nous la prescrit. Voilà pourquoi le commandement affecte généralement des formes brèves, tranchantes, qui ne laissent pas de place à l'hésitation ; c'est que, dans la mesure où il est lui-même et agit par ses seules forces, il exclut toute idée de délibération et de calcul ; il tient son efficacité de l'intensité de l'état mental dans lequel il est donné. C'est cette intensité qui constitue ce qu'on appelle l'ascendant moral. Or, les manières d'agir auxquelles la société est assez fortement attachée pour les imposer à ses membres se trouvent, par cela même, marquées du signe distinctif qui provoque le respect."

 

 Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, PUF Quadrige, p. 296-297.



  "Nous entendons par « domination » [...] la chance, pour des ordres spécifiques (ou pour tous les autres), de trouver obéissance de la part d’un groupe déterminé d’individus. Il ne s’agit pas cependant de n’importe quelle chance d’exercer « puissance » et « influence » sur d’autres individus. [...] Tout véritable rapport de domination comporte un minimum de volonté d’obéir, par conséquent un intérêt, extérieur ou intérieur, à obéir.
  Toute domination [...] sur un grand nombre d’individus requiert normalement (pas toujours cependant) un état-major d’individus [...], c’est-à-dire la chance (normalement) assurée d’exercer une action spécifique, instaurée pour réaliser ses ordonnances générales et ses ordres concrets — individus déterminés et obéissants fidèlement. Cette direction administrative peut être astreinte à obéir au (ou aux) détenteur(s) du pouvoir par la seule coutume, ou par des motifs purement affectifs, ou encore par des intérêts matériels ou des mobiles idéaux [...]. La nature de ces motifs détermine dans une large mesure le type de domination. Des motifs strictement matériels et rationnels en finalité, d’alliance entre le détenteur du pouvoir et la direction administrative signifient une permanence relativement instable de celle-ci. En règle générale d’autre viennent s’y ajouter-affectuels au rationnels en valeur .Dans des cas extraordinaires, seuls ceux -ci peuvent être décisifs. Dans la vie quotidienne, la coutume et avec elle l’intérêt matériel, rationnel en finalité, les dominent comme ils dominent les autre relatons. Mais coutume ou intérêt ne peuvent, pas plus que des motifs d’alliance strictement affectuels ou strictement rationnels en valeur établir, les fondements surs d’une domination. Un facteur décisif plus large s’y ajoute normalement : la croyance en la légitimité

  L’expérience montre qu’aucune domination ne se contente de bon gré de fonder sa pérennité sur des motifs ou strictement matériels, ou strictement affectuels, ou strictement rationnels en valeur. Au contraire, toutes les dominations cherchent cherchent à éveiller et à entretenir la croyance en leur « légitimité ». Mais, selon le genre de légitimité revendiquée, le type d’obéissance et la direction administrative destinée à le garantir et le caractère de l’exercice de domination sont fondamentalement différents. Et avec eux son action. Par conséquent, il faut distinguer les formes de domination suivant la revendication de légitimité qui leur est propre. Pour cela, il importe de partir de rapports modernes, donc connus. [...]
  Il y a trois types de domination légitime. La validité de cette légitimité peut principalement revêtir :
  1) Un caractère rationnel, reposant sur la croyance en la légalité des règlements arrêtés et du droit de donner des directives qu’ont ceux qui sont appelés à exercer la domination par ces moyens (domination légale).
  2) Un caractère traditionnel, reposant sur la croyance quotidienne en la sainteté de traditions valables de tout temps et en la légitimité de ceux qui sont appelés à exercer l’autorité par ces moyens (domination traditionnelle).
  3) Un caractère charismatique, [reposant] sur la soumission extraordinaire au caractère sacré, à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire d’une personne, ou encore [émanant] d’ordres révélés ou émis par celle-ci (domination charismatique).
  Dans le cas de la domination statutaire [satzungsmäßig], on obéit à l'ordre impersonnel, objectif, légalement arrêté, et aux supérieurs qu'il désigne, en vertu de la légalité formelle de ses règlements et dans leur étendue. Dans le cas de la domination traditionnelle, on obéit à la personne du détenteur du pouvoir désigné par la tradition et assujetti (dans ses attributions) à celle-ci, en vertu du respect qui lui est dû dans l'étendue de la coutume. Dans le cas de la domination charismatique, on obéit au chef en tant que tel, chef qualifié charismatiquement en vertu de la confiance personnelle en sa révélation, son héroïsme ou sa valeur exemplaire, et dans l'étendue de la validité de la croyance en son charisme."

 

Max Weber, Économie et Société, 1921, Pocket, 2008, 285-286 et p. 289-290.



  "Lorsque tu as dressé un chien à manger des patates et qu'ensuite tu lui présentes un morceau de viande : malgré tout, il se précipitera dessus, parce que c'est dans sa nature ; si tu donnes à un homme un petit bout d'autorité, c'est la même histoire : il se jette dessus. Cela va de soi, car l'homme, par lui-même, n'est, à l'origine, qu'une sale bête et ce n'est que plus tard que, peut-être, il reçoit une couche de décence, comme une tartine graissée. Or, la vie militaire consiste en ce que l'un a de l'autorité sur l'autre. Le malheur, c'est que chacun a beaucoup trop d'autorité : un caporal peut tourmenter jusqu'à la folie un simple soldat, comme un lieutenant un caporal, et un capitaine un lieutenant. Et, par le fait que chacun connaît son autorité, il s'habitue à en abuser. Prends la chose la plus simple. Nous venons de l'exercice et nous sommes crevés de fatigue : voici qu'on nous commande de chanter. Il en résulte un chant très peu animé, car chacun est content d'avoir encore tout juste assez de force pour traîner son barda. Et alors la compagnie fait demi-tour et, comme punition, doit exécuter une heure d'exercice supplémentaire. Au retour, l'ordre de chanter est renouvelé : on chante pour de bon. À quoi ça rime-t-il ? Le commandant de compagnie en a fait à sa tête parce qu'il a de l'autorité. Personne ne le critiquera, au contraire il passera pour énergique. D'ailleurs, ce n'est là qu'une babiole ; il y a des procédés bien plus catégoriques pour vous en faire baver. Maintenant, je vous le demande : un civil aura beau être ce qu'il voudra, quelle est la profession dans laquelle il pourra se permettre des choses pareilles sans qu'on lui casse la figure ? Cela n'est possible que dans la vie militaire."

 

 
Erich Maria Remarque, À l'ouest rien de nouveau, 1928, tr. fr. Alzir Hella et Olivier Bournac, Livre de Poche, 2006, p. 37-38.

 

    "Définition générale de l'Autorité

    Il n'y a Autorité que là où il y a mouvement, changement, action (réelle ou du moins possible) : on n'a d'autorité que sur ce qui peut « réagir », c'est-à-dire changer en fonction de ce ou de celui qui représente l'Autorité (l' « incarne », la réalise, l'exerce). Et de toute évidence l'Autorité appartient à celui qui fait changer, et non à celui qui subit le changement : l'Autorité est essentiellement active et non passive.

    On peut donc dire que le « support » réel de toute Autorité est nécessairement un agent au sens propre et fort du terme, c'est-à-dire un agent qui est censé être libre et conscient (donc soit un être divin, soit un être humain, et jamais un animal, etc., en tant que tel).

 

Note. Certes, l'acte autoritaire n'est pas nécessairement spontané : on peut avoir de l'autorité tout en exécutant un ordre d'autrui. Mais l'agent revêtu d'autorité est censé comprendre cet ordre l'accepter librement : un phonographe qui transmet la parole du chef n'a nulle autorité en lui-même.


    L'être revêtu d'autorité est donc nécessairement un agent et l'acte autoritaire est toujours un véritable acte (conscient et libre).

    Or, l'acte autoritaire se distingue de tous les autres par le fait qu'il ne rencontre pas d'opposition de la part de celui ou de ceux sur qui il est dirigé. Ce qui présuppose, d'une part, la possibilité d'une opposition et, de l'autre, le renoncement conscient et volontaire à la réalisation de cette possibilité. (Exemples : si je jette quelqu'un par la fenêtre, le fait qu'il tombe n'a rien à voir avec mon autorité ; mais j'exerce une autorité manifeste sur lui s'il se jette lui-même par la fenêtre sur un ordre que je lui donne et qu'il aurait matériellement pu ne pas exécuter. L'hypnotiseur n'a pas d'autorité sur celui qui est hypnotisé par lui. Je n'ai pas besoin d'user de mon autorité pour faire faire à quelqu'un ce dont il a envie et ce qu'il aurait fait même sans que je lui dise.)

    L'Autorité est donc nécessairement une relation (entre agent et patient) : c'est donc un phénomène essentiellement social (et non individuel) ; il faut être pour le moins deux pour qu'il y ait Autorité.

    DONC : L'Autorité est la possibilité qu'a un agent d'agir sur les autres (ou sur un autre), sans que ces autres réagissent sur lui, tout en étant capables de le faire.

    Ou bien encore : En agissant avec Autorité, l'agent peut changer le donné humain extérieur, sans subir de contrecoup, c'est-à-dire sans changer lui-même en fonction de son action.

    (Exemples : Si, pour faire sortir quelqu'un de ma chambre, je dois user de force, je dois changer mon propre comportement pour réaliser l'acte en question et je montre par là que je n'ai pas d'autorité ;il en est tout autrement si je ne bouge pas, et [que] ladite personne quitte la chambre, c'est-à-dire change, sur un simple « sortez ! » de ma part. Si l'ordre donné provoque une discussion, c'est-à-dire contraint celui qui le donne de faire quelque chose soi-même – à savoir discuter – en fonction de l'ordre donné, il n'y a pas d'autorité. Encore moins si la discussion aboutit à l'abandon de l'ordre ou même à un compromis, c'est-à-dire précisément à un changement de l'acte qui était censé provoquer un changement au-dehors, sans changer soi-même.)

    Ou bien, enfin : L'Autorité est la possibilité d'agir sans faire de compromis (au sens large du terme).

 

Note. Toute discussion est déjà un compromis, car elle équivaut à ceci : « Faites quelque chose sans condition. – Non, je ne la ferai qu'à condition que vous fassiez telle autre chose, à savoir que vous me convainquiez. – D'accord, je cède sur ce point. »"


Alexandre Kojève, La notion de l'autorité, 1942, Gallimard, Bibliothèque des Idées, 2004, p. 56-59.


 

    "[…] toute Autorité a nécessairement un caractère légal ou légitime (aux yeux de ceux qui la reconnaissent : ce qui va de soi, car toute Autorité est nécessairement une Autorité reconnue ; ne pas reconnaître une Autorité, c'est la nier et par cela la détruire).

    DONC : 1) Non seulement exercer une autorité n'est pas la même chose qu'user de la force (de violence), mais les deux phénomènes s'excluent mutuellement. D'une manière générale, il ne faut rien faire pour exercer l'Autorité. Le fait d'être obligé de faire intervenir la force (la violence) prouve qu'il n'y a pas d'Autorité en cause. Inversement, on ne peut – sans se servir de la force – faire faire aux gens ce qu'ils n'auraient pas fait spontanément (d'eux-mêmes) qu'en faisant intervenir l'Autorité.

 

Note. Si quelqu'un fait ce que je lui dis par « amour » pour moi, il le fait spontanément, car il fait tout pour me faire plaisir sans que j'aie besoin d'intervenir, d'agir sur lui. La relation de l'Amour est donc essentiellement autre chose que la relation de l'Autorité. Mais étant donné que l'Amour donne le même résultat que l'Autorité, on peut facilement commettre une erreur en confondant les deux phénomènes, et parler d'une « autorité » que l'aimé aura sur l'amant, ou d'un « amour » qu'a celui qui subit – c'est-à-dire reconnaît – une autorité pour celui qui l'exerce. D'où l'explication de la tendance naturelle qu'a l'homme à aimer celui dont il reconnaît l'autorité, ainsi qu'à reconnaître l'Autorité de celui qu'il aime. Mais les deux phénomènes restent néanmoins nettement distincts.


    2) L'action « légale » ou « légitime » peut être aussi une action « autoritaire » : pour qu'il en soit ainsi, il suffit qu'on renonce (librement et consciemment) à l'actualisation des « réactions » possibles. […]

    Quant à l'action « autoritaire », elle est « légale » ou « légitime » par définition. Car là où la « réaction » possible ne s'actualise pas, c'est-à-dire s'il n'y a aucune « réaction » en général, il n'y a pas, a fortiori, de « réaction » contre l'agent lui-même. Il n'y a donc pas de sens [à] parler d'Autorité « illégitime » ou « illégale » : c'est une contradiction in adjecto. Celui qui « reconnaît » une Autorité (et il n'y a pas d'Autorité non « reconnue ») reconnaît par cela même sa « légitimité ». Nier la légitimité de l'Autorité, c'est ne pas la reconnaître, c'est-à-dire – par cela même – la détruire. On peut donc nier, dans un cas concret, l'existence d'une Autorité ; mais on ne peut opposer aucun « Droit » à une Autorité réelle (c'est-à-dire « reconnue »)."

 

Alexandre Kojève, La notion de l'autorité, 1942, Gallimard, Bibliothèque des Idées, 2004, p. 60-61.


 

  "TOUT pouvoir est une magie réelle, si l'on appelle magie la possibilité de produire des effets sans contact ni agent, en provoquant pour ainsi dite une parfaite et immédiate docilité des choses. Or les choses ne sont pas dociles, il faut des forces pour les mouvoir et, pour ces forces, des points d'application. Aussi l'incantation du sorcier demeure-t-elle inoffensive, s'il n'y ajoute pas quelque manœuvre plus sûre. Mais les hommes sont plus obéissants que les choses : on peut beaucoup obtenir d'eux par des paroles ou par des signes. Il n'est pas d'expérience plus courante. La magie, c'est l'idée qu'on peut commander aux choses comme aux êtres.
  […] Il n'y a pas de pouvoir entièrement fondé sur la contrainte : le consentement est toujours le principal. Qu'est-ce qui arrête au carrefour la file des automobiles quand l'agent lève son bâton blanc ? Certainement pas la force physique de l'agent. Quelque obscur raisonnement sur la nécessité que la circulation soit réglementée ? C'est en effet là qu'on en arriverait si tous les conducteurs étaient des philosophes. Mais combien sont-ils qui ont réfléchi au problème et qui ont décidé après délibération de se conformer aux injonctions des agents ? Non, ils obéissent d'instinct au plus faible, mais qui détient l'autorité.

  Telle est l'image de tout pouvoir. On imagine parfois qu'il existe des despotes qui maintiennent leurs peuples en respect avec des mitrailleuses et qui forcent chacun à s'acquitter de sa tâche particulière sous la menace du fusil. Ce n'est finalement qu'une commodité, qu'une simplification de l'esprit. En fait, les mitrailleuses ne jouent jamais si grand rôle. Elles ont rarement l'occasion d'entrer en action. En outre, il est douteux qu'elles puissent obliger une multitude au travail. Elles peuvent seulement tuer beaucoup de monde. Aussi, ce ne sont pas tellement les mitrailleuses qui comptent, c'est plutôt l'idée des mitrailleuses. Et encore plus l'idée qu'elles sont au service du gouvernement. Je ne demande rien de plus : je veux seulement donner à penser qu'en toute relation de pouvoir, l'idée compte plus que la force. Sans cela, d'ailleurs, le pouvoir appartiendrait aux hommes qui manœuvrent les mitrailleuses, non aux officiers qui les commandent, encore moins à celui de qui ces officiers prennent les ordres et qui a généralement les mains nues.
  Certains pacifistes se persuadent d'une manière encore plus étrange que la majorité des gens vont à la guerre contraints et forcés, sous la surveillance de gendarmes qui ont, ou peu s'en faut, le revolver au poing. Pourtant il est clair que les soldats sont plus nombreux et mieux armés que la police, laquelle est en tout cas moins redoutable que l'ennemi. Pour qui ne veut pas se battre ou se battre le moins possible, le choix ne semble pas douteux. Mais les gendarmes représentent l'autorité. D'ailleurs il ne paraît pas qu'il soit besoin de recourir à ces moyens extrêmes pour mobiliser un peuple. Le pouvoir s'exerce auparavant, et par un simple imprimé. Si les pacifistes sont tentés par la fable des gendarmes, c'est justement qu'ils se refusent à imaginer que les gens acceptent d'aller risquer de se faire tuer et essayer de tuer autrui sur la décision d'une douzaine et demie de personnages solennels assis autour d'une table. Ils s'expriment ainsi pour discréditer le pouvoir et rendre les choses incompréhensibles. Car ces personnages ne sont pas n'importe lesquels. Ils sont le gouvernement, c'est-à-dire précisément ce pouvoir qu'il convient d'expliquer.
  Il reste qu'une déclaration de guerre, une mobilisation générale et l'obéissance unanime de millions d'hommes à de tels ordres, qui mettent leur vie en jeu, fournissent en effet une des plus claires démonstrations de l'apparence ou, peut-être, de la réalité magique du pouvoir, suivant qu'on colore ou non l'adjectif de cette nuance surnaturelle dont ma définition s'efforce de le priver.
  Les sources et par conséquent les formes du pouvoir sont multiples. Depuis Max Weber, on les range sous trois rubriques principales, le pouvoir légitime, le pouvoir fonctionnel, le pouvoir charismatique. Le premier s'appuie sur une tradition. La naissance y destine. C'est le pouvoir des dynasties de souverains. Un prestige irrationnel y est attaché. La personne du prince est tenue pour sacrée. Il ne doit de compte à personne. Il règne par la grâce de Dieu. Sa majesté le protège de toute atteinte. Ce type, qui souffre des variantes nombreuses et des restrictions souvent considérables, correspond à une société qui se présente comme une communauté organique. Elle se considère un peu comme une grande famille et admet en conséquence une sorte d'autorité paternelle.
  La seconde espèce de pouvoir est attachée à la fonction. Celle-ci est définie par la loi, ainsi que ses prérogatives, ses devoirs et ses limites. En principe, elle est occupée par le plus compétent, par celui en qui ses concitoyens reconnaissent les plus remarquables aptitudes de direction. On constate un tel pouvoir dans les sociétés de type contractuel, c'est-à-dire dans celles qui se définissent par l'échange des prestations et l'unité des intérêts: le pouvoir s'y confond avec l'administration du bien public, II est confié pour un temps limité à des fonctionnaires responsables et contrôlés.
  Au contraire, le pouvoir charismatique est attaché à la personne du chef. Sa puissance n'est soumise à aucun contrôle. Elle lui vient de la faveur populaire et ne repose que sur la fascination qu'il exerce. Elu par acclamations, il prospère par l'enthousiasme qu'il entretient chez ses fidèles. Il commande arbitrairement et passe pour incarner les destinées du groupe, dont il apparaît comme le répondant mystique. Ce genre de pouvoir est caractéristique d'une société en mouvement, c'est-à-dire d'une association d'hommes réunis par une ambition identique dans la poursuite d'une entreprise commune. Ils voient dans leur conducteur à la fois l'instrument de la providence et une garantie de réussite. Aussi celui-ci se présente-t-il presque obligatoirement comme un chef de guerre, un conquérant ou un prophète. C'est en premier lieu un entraîneur d'hommes.
  Ni la mentalité, ni la complexité des sociétés modernes ne semble admettre un pouvoir de cette sorte. En général, les deux premières espèces de puissance se partagent leur gouvernement. Dans presque toutes, l'une et l'autre se combinent en proportions variables, où parfois le type traditionnel l'emporte et parfois le type fonctionnel. Jusque dans la guerre et dans la religion, il en est ainsi : le pouvoir des généraux ou des évêques dépend entièrement de leurs fonctions, nullement de leur popularité. Le pouvoir charismatique paraît à peu près éliminé. On le dirait plutôt un souvenir des premiers âges de l'humanité. Il ressuscite de loin en loin avec un grand bruit d'armes et dans un grand déploiement de violence pour produire sur la scène de l'histoire un fondateur de religion comme Mahomet ou un meneur de hordes comme Gengis-Khan. Pourtant, un examen plus attentif montre que, s'il affecte des formes plus modestes, il n'a nullement disparu. Il joue notamment un rôle appréciable dans la vie des partis, où le prestige personnel des chefs n'est pas sans influence. Mais, quand ils parviennent au gouvernement, la coutume veut qu'ils s'assagissent, c'est-à-dire que les nécessités du pouvoir fonctionnel remplacent pour eux les élans du pouvoir charismatique [..]."

 

Roger Caillois, "Le pouvoir charismatique, Adolphe Hitler comme idole", dans Quatre essais de sociologie contemporaine, 1951, Olivier Perrin, p. 49-52.



  "Le problème de l'autorité est à la base de toute théorie logique de la structure sociale... même le gouvernement, en un sens, n'est pas simplement un phénomène politique, mais originellement et fondamentalement un phénomène social... la matrice d'où il est sorti possède un ordre et une structure. Si l'anarchie est le contraire du gouvernement, l'anomie est celui de la société. En d'autres termes, l'autorité n'est en aucune façon un phénomène purement politique au sens étroit du mot car elle n'est pas seulement présente dans l'organisation politique de la société, mais dans chacun de ses aspects. Si restreinte ou si provisoire qu'elle soit, chaque association à l'intérieur de la société a sa propre structure d'autorité."

 

R. Bierstedt, Freedom and control in modern society, 1954, chapter 3 : "The problem of authority", Van Nostrand, pp. 68-69.

 

  "The problem of authority rests at the very bottom of an adequate theory of the social structure […] even government, in a sense, is not merely a political phenomenon but primarily and fundamentally a social phenomenon and […] the matrix from which government springs itself possesses an order and a structure. If anarchy is the contrary of government, so anomy is the contrary of society. Authority, in other words, is by no means a purely political phenomenon in the narrow sense of the word. For it is not only in the political organization of society, but in all of its organization, that authority appears. Each association in society, no matter how small or how temporary it might be, has its own structure of authority."

 

R. Bierstedt, Freedom and control in modern society, 1954, chapter 3 : "The problem of authority", Van Nostrand, pp. 68-69.



  "Le « Pouvoir » politique est le pouvoir de l'État qui s'exerce par l'intermédiaire de celui ou de ceux qui le représentent ou qui l'incarnent. Sans État (au sens large du mot), pas de Pouvoir politique au sens propre du terme. Même dans les États dits « démocratiques », où le Pouvoir semble appartenir à la masse, c'est en réalité l'État qui le détient et l'exerce : seulement, dans ce cas, l'État est incarné dans ou représenté par l'ensemble des « citoyens » ; mais même là, les individus ne détiennent le Pouvoir politique que dans la mesure où ils sont citoyens, c'est-à-dire représentent ou incarnent (collectivement) l'État, et non pas en tant que « particuliers » (les enfants, par exemple, n'ont aucun Pouvoir politique). Sur ce point, le Pouvoir des citoyens d'un État « démocratique » ne diffère pas essentiellement de celui d'une oligarchie ou même d'un monarque « absolu » ou d'un « tyran », « dictateur », etc. […]

    En fait, le Pouvoir politique peut être fondé sur la force. Mais en principe il doit pouvoir s'en passer : c'est dans ce cas seulement que l'existence de l'État ne sera pas « accidentelle », que l'État pourra, en d'autres termes, durer indéfiniment. Une théorie de l'État (par opposition à la pratique) fait donc abstraction de la notion de « force ». Or, un Pouvoir qui n'est pas fondé sur la force ne peut être fondé que sur l'Autorité.

 

Note. Un Pouvoir qui n'est pas fondé sur l'Autorité peut, bien entendu, se servir de la force ; mais si l'Autorité engendre une force, la force ne peut jamais, par définition, engendrer une Autorité politique.


    Une théorie du « Pouvoir politique » n'est donc rien d'autre qu'une théorie de l'Autorité (se manifestant dans le « domaine » politique) ; plus exactement, une application (théorique) de la théorie de l'Autorité à la Politique (c'est-à-dire à l'État). Aussi, pour éviter toute équivoque, nous remplacerons le terme : « Pouvoir politique » par celui d' « Autorité politique »."

 

Alexandre Kojève, La notion de l'autorité, 1942, Gallimard, Bibliothèque des Idées, 2004, p. 136-138.


 

    "Puisque l'autorité requiert toujours l'obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l'autorité exclut l'usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. L'autorité, d'autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère par un processus d'argumentation. Là où on a recours à des arguments, l'autorité est laissée de côté. Face à l'ordre égalitaire de la persuasion, se tient l'ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S'il faut vraiment définir l'autorité, alors ce doit être en l'opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur un pouvoir de celui qui commande ; ce qu'ils ont en commun, c'est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d'avance leur place fixée".

 

Hannah Arendt, La Crise de la culture, 1954, Folio, p. 123.


  "Le mot auctoritas dérive du verbe augere, « augmenter », et ce que l'autorité ou ceux qui augmentent constamment, c'est la fondation. Les hommes dotés d'autorité étaient les anciens, le Sénat ou les patres, qui l'avaient obtenue par héritage et par transmission de ceux qui avaient posé les fondations pour toutes les choses à venir, les ancêtres, que les Romains appelaient pour cette raison, les maiores. L'autorité des vivants était toujours dérivée, dépendante des auctores imperii Romani conditoresque, selon la formule de Pline, de l'autorité des fondateurs, qui n'étaient plus parmi les vivants. L'autorité, au contraire du pouvoir (postestas), avait ses racines dans le passé, mais ce passé, n'était pas moins présent dans la vie réelle de la cité que le pouvoir et la force des vivants. Moribus antiquis res stat Romana virisque[1], selon les mots d'Ennius. […]
  La tradition préservait le passé en transmettant d'une génération à la suivante le témoignage des ancêtres, qui, les premiers, avaient été les témoins et les créateurs de la fondation sacrée et l'avaient ensuite augmentée par leur autorité au fil des siècles. Aussi longtemps que cette tradition restait ininterrompue, l'autorité demeurait inviolée ; et agir sans autorité et sans tradition, sans normes et modèles admis, consacrés par le temps, sans l'aide de la sagesse des pères fondateurs, était inconcevable".

 

     Hannah Arendt, La Crise de la Culture, 1954, folio essais, 1989, p. 160-161 et 163.


[1] "La puissance de Rome repose sur l'antiquité de ses mœurs et sur la vaillance de ses hommes".



    "C'est tout d'abord à des personnes que revient l'autorité. Seulement l'autorité des personnes n'a pas son fondement ultime dans un acte de soumission et d'abdication de la raison, mais dans un acte d'acceptation et de reconnaissance : nous reconnaissons que l'autre nous est supérieur en jugement et en perspicacité, que son jugement nous devance, qu'il a prééminence sur le nôtre. De même l'autorité ne se concède pas proprement, mais s'acquiert et doit nécessairement être acquise par quiconque veut y prétendre. Elle repose sur la reconnaissance, par conséquent sur un acte de la raison même qui, consciente de ses limites, accorde à d'autres une plus grande perspicacité. Ainsi comprise dans son vrai sens, l'autorité n'a rien à voir avec l'obéissance aveugle à un ordre donné. Non, l'autorité n'a aucune relation directe avec l'obéissance : elle repose sur la reconnaissance. Certes, il faut de l'autorité pour pouvoir donner des ordres et se faire obéir. Mais ceci n'est que la conséquence de l'autorité que quelqu'un possède. De même l'autorité anonyme et impersonnelle du supérieur hiérarchique, résultant de l'ordre dans lequel s'insère le commandement, ne naît pas en définitive de cet ordre, mais ne fait que le rendre possible. Son fondement véritable est ici aussi un acte de liberté et de raison ; laquelle confère fondamentalement une certaine autorité au supérieur, pour autant qu'il voit les choses de plus haut, ou parce qu'il est plus expert, donc, ici aussi, parce qu'il en sait davantage. Ainsi la reconnaissance de l'autorité est toujours liée à l'idée que ce que dit l'autorité n'est pas arbitraire ni irrationnel, mais peut être compris dans son principe".

 

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode, 1960, trad. Etienne Sacre, revue et complétée par Pierre Fruchon, Jean Grondin et Gilbert Merlio, Le Seuil, 1996, p. 300-301.



  "L'idée que l'obéissance à un tiers est ipso facto un acte de soumission exige d'être restrein­te, en distinguant l'autorité « irrationnelle » de l'au­torité « rationnelle ». Nous trouvons un exemple d'autorité rationnelle dans la relation élève-professeur ; et d'autorité irrationnelle dans la relation esclave-maître. Ces deux relations sont fondées sur le fait que l'autorité de la personne dominante est acceptée. Dyna­miquement, cependant, elles sont de natures différen­tes. Les intérêts du maître et de l'élève, dans une situation idéale, sont orientés dans la même direction. Le maître est satisfait s'il réussit à enrichir l'esclave ; s'il n'y parvient pas, l'échec est à la fois le sien et celui de l'élève. Par ailleurs, le propriétaire de l'esclave entend exploiter celui-ci au maximum ; plus il obtient de lui, plus il est satisfait. En même temps, l'esclave essaie de défendre de son mieux son droit à un mini­mum de bonheur. Les intérêts de l'esclave et du maître sont antagonistes, car ce qui avantage l'un porte pré­judice à l'autre.
  Dans chacun de ces deux cas, la supériorité du maître a des fonctions différentes ; dans le premier cas, elle est la condition de l'enrichissement de la personne soumise à l'autorité ; dans le second, elle est la condi­tion de son exploitation. Notons une distinction paral­lèle à celle-ci : l'autorité rationnelle l'est parce que l'autorité, qu'elle soit détenue par un enseignant ou par un capitaine donnant des ordres pendant le nau­frage de son navire, agit au nom de la raison qui, étant universelle, peut être acceptée sans soumission. L'autorité irrationnelle doit se servir de la force ou de la suggestion, parce que aucun individu ne se laisse­rait exploiter s'il était libre de l'éviter."

 

Erich Fromm, "La désobéissance, problème psychologique et moral", 1963, in De la désobéissance et autres essais, Robert Laffont, 1983, p. 15-16.



  "De par sa nature même l'autorité repose, nous dit Simmel, sur une interaction. Loin d'être à sens unique, comme on pourrait le penser à première vue, l'autorité est en fait déterminée par la nature de l'obéissance qu'elle est censée susciter. Même dans les cas de subordination les plus extrêmes, le dominé jouit d'une liberté considérable. Ce que l'on appelle la contrainte absolue est en réalité toujours relatif et conditionné par le désir que l'on a d'échapper à la menace du châtiment ou à toute autre conséquence que pourrait avoir la désobéissance. C'est seulement dans les cas de recours à la violence physique directe que l'on peut dire que la liberté du subordonné a été complètement anéantie par la relation de subordination. Bref l'obéissance détermine la forme de la domination tout autant que la domination détermine la forme de l'obéissance. Comme l'indique Simmel, personne « ne souhaite que son influence détermine complètement l'autre individu. Ce que chacun souhaite plutôt, c'est que cette influence, cette détermination de l'autre rejaillisse sur soi. Même cette abstraction qu'est la volonté de dominer repose donc sur une interaction car elle tire satisfaction du fait que les actes ou la souffrance de l'autre, sa situation positive ou négative, s'offrent au dominateur comme les produits de sa volonté ».
  Même dans le cas où la domination prend la forme la plus extrême, à savoir dans la relation du maître à l'esclave, il subsiste une forme de sociation qui enlève à la domination le caractère unilatéral qu'on lui attribue généralement. Mais quand, par suite du processus de « réification » (c'est-à-dire de réduction de l'individu à une chose), les individus en viennent à apparaître essentiellement comme des classes d'objets (comme dans le cas de la classe ouvrière moderne où les travailleurs, en tant qu'individus, sont inconnus à ceux qui les emploient, et où c'est une marchandise impersonnelle, le « travail » qui est vendue), on est « aussi peu fondé à parler de sociation que dans la relation du charpentier à son banc ». En effet, contrairement à la domination exercée sur les choses, l'autorité exercée sur les personnes « présuppose, bien plus qu'on ne le reconnaît habituellement, la liberté de la personne soumise à l'autorité. Même lorsqu'elle semble "écrasante", l'autorité ne repose pas uniquement sur la coercition et la contrainte. »"

 

Robert A. Nisbet, La Tradition sociologique, 1966, tr. fr. Martine Azuelos, PUF, Quadrige, 2006, p. 208-209.



  "L'obéissance est un des éléments fondamentaux de l'édifice social. Toute communauté humaine nécessite un système d'autorité quelconque ; seul l'individu qui vit dans un isolement total n'a pas à réagir, soit par la révolte soit par la soumission, aux exigences d'autrui. L'obéissance, en tant que facteur déterminant du comportement, représente un sujet d'étude qui convient tout particulièrement à notre époque. On a établi avec certitude que, de 1933 à 1945, des millions d'innocents ont été systématiquement massacrés sur ordre. Avec un souci de rendement comparable à celui d'une usine de pièces détachées, on a construit des chambres à gaz, gardé des camps de la mort, fourni des quotas journaliers de cadavres. Il se peut que des politiques aussi inhumaines aient été conçues par un cerveau unique, mais jamais elles n'auraient été appliquées sur une telle échelle s'il ne s'était trouvé autant de gens pour les exécuter sans discuter.
  L'obéissance est le mécanisme psychologique qui intègre l'action individuelle au dessin politique ou à un autre, le ciment qui lie les hommes aux systèmes d'autorité."

 

Stanley Milgram, Soumission à l'autorité. Un point de vue expérimental, 1974, trad. E. Molinié, Calmann-Lévy, 1994, p. 17.



  "Deux personnes viennent dans un laboratoire de psychologie qui organise une enquête sur la mémoire et l'apprentissage. L'une d'elles sera le « moniteur », l'autre, « l'élève ». L'expérimentateur leur explique qu'il s'agit d'étudier les effets de la punition sur le processus d'apprentissage. Il emmène l'élève dans une pièce, l'installe sur une chaise munie de sangles qui permettent de lui immobiliser les bras pour empêcher tout mouvement désordonné et lui fixe une électrode au poignet. Il lui dit alors qu'il va avoir à apprendre une liste de couples de mots ; toutes les erreurs qu'il commettra seront sanctionnées par des décharges électriques d'intensité croissante.

  Le véritable sujet d'étude de l'expérience, c'est le moniteur. Après avoir assisté à l'installation de l'élève, il est introduit dans la salle principale du laboratoire où il prend place devant un impressionnant stimulateur de chocs. Celui-ci comporte une rangée horizontale de trente manettes qui s'échelonnent de quinze à quatre cent cinquante volts par tranche d'augmentation de quinze volts et sont assorties de mentions allant de CHOC LÉGER À ATTENTION : CHOC DANGEREUX. On invite alors le moniteur à faire passer le test d'apprentissage à l'élève qui se trouve dans l'autre pièce. Quand celui-ci répondra correctement, le moniteur passera au couple de mots suivant. Dans le cas contraire, il devra lui administrer une décharge électrique en commençant par le voltage le plus faible (quinze volts) et en augmentant progressivement d'un niveau à chaque erreur (trente volts, quarante-cinq volts, ainsi de suite).

  Le moniteur est un sujet absolument « naïf », venu au laboratoire pour participer à une expérience. Par contre, l'élève, ou victime, est un acteur qui ne reçoit en réalité aucune décharge électrique. L'expérience a pour objet de découvrir jusqu'à quel point un individu peut pousser la docilité dans une situation concrète et mesurable où il reçoit l'ordre d'infliger un châtiment de plus en plus sévère à une victime qui proteste énergiquement. À quel instant précis le sujet refusera-t-il d'obéir à l'expérimentateur ?

  Le conflit surgit quand l'élève commence à donner des signes de malaise. À soixante-quinze volts, il gémit. À cent vingt volts, il formule ses plaintes en phrases distinctes. À cent cinquante volts, il supplie qu'on le libère. À mesure que croît l'intensité des décharges électriques, ses protestations deviennent plus véhémentes et pathétiques. À deux cent quatre-vingt-cinq volts, sa seule réaction est un véritable cri d'agonie.

  Tous les témoins s'accordent à dire qu'il est impossible de restituer par l'écriture le caractère poignant de l'expérience. Pour le sujet, la situation n'est pas un jeu, mais un conflit intense et bien réel. D'un côté, la souffrance manifeste de l'élève l'incite à s'arrêter ; de l'autre, l'expérimentateur, autorité légitime vis-à-vis de laquelle il se sent engagé, lui enjoint de continuer. Chaque fois qu'il hésite à administrer une décharge, il reçoit l'ordre de poursuivre. [...]

  La première réaction du lecteur sera peut-être de s'étonner qu'un individu en possession de toutes ses facultés consente à administrer un choc électrique, si léger soit-il, à un tiers. N'aura-t-il pas immédiatement le réflexe de refuser et de s'en aller ? Or, le fait est qu'aucun des participants ne l'a eu. Le sujet est venu au laboratoire pour aider l'expérimentateur, il se montre donc très désireux de commencer l'expérience. Rien de très extraordinaire dans cette attitude, d'autant plus qu'au départ l'élève semble tout disposé à coopérer, en dépit de quelque appréhension. Ce qui se révèle surprenant, c'est de constater jusqu'où peut aller la soumission d'un individu ordinaire aux injonctions de l'expérimentateur. À vrai dire, les résultats de l'expérience sont à la fois inattendus et inquiétants. Même si l'on tient compte du fait que beaucoup de sujets éprouvent un stress considérable et que certains protestent auprès de l'expérimentateur, il n'en demeure pas moins qu'une proportion importante d'entre eux continue jusqu'au niveau de choc le plus élevé du stimulateur."


Stanley Milgram, Soumission à l'autorité. Un point de vue expérimental, 1974, trad. E. Molinié, Calmann-Lévy, 1994, p. 19-21.


  "Two people come to a psychology laboratory to take part in a study of memory and learning. One of them is designated as a “teacher” and the other a “learner”. The experimenter explains that the study is concerned with the effects of punishment on learning. The learner is conducted into a room, seated in a chair, his arms strapped to prevent excessive movement, and an electrode attached to his wrist. He is told that he is to learn a list of word pairs; whenever he makes an error, he will receive electric shocks of increasing intensity.
  The real focus of the experiment is the teacher. After watching the learner being strapped into place, he is taken into the main experimental room and seated before an impressive shock generator. Its main feature is a horizontal line of thirty switches, ranging from 15 volts to 450 volts, in 15-volt increments. There are also verbal designations which range from SLIGHT SHOCK to DANGER-SEVERE SHOCK. The teacher is told that he is to administer the learning test to the man in the other room. When the learner responds correctly, the teacher moves on to the next item; when the other man gives an incorrect answer, the teacher is to give him an electric shock. He is to start at the lowest shock level (15 volts) and to increase the level each time the man makes an error, going through 30 volts, 45 volts, and so on.
  The "teacher" is a genuinely naive subject who has come to the laboratory to participate in an experiment. The learner, or victim, is an actor who actually receives no shock at all. The point of the experiment is to see how far a person will proceed in a concrete and measurable situation in which he is ordered to inflict increasing pain on a protesting victim. At what point will the subject refuse to obey the experimenter ?
  Conflict arises when the man receiving the shock begins to indicate that he is experiencing discomfort. At 75 volts, the "learner" grunts. At 120 volts he complains verbally; at 150 he demands to be released from the experiment. His protests continue as the shocks escalate, growing increasingly vehement and emotional. At 285 volts his response can only be described as an agonized scream.
  Observers of the experiment agree that its gripping quality is somewhat obscured in print. For the subject, the situation is not a game; conflict is intense and obvious. On one hand, the manifest suffering of the learner presses him to quit. On the other, the experimenter, a legitimate authority to whom the subject feels some commitment, enjoins him to continue. Each time the subject hesitates to administer shock, the experimenter orders him to continue. To extricate himself from the situation, the subject must make a clear break with authority. The aim of this investigation was to find when and how people would defy authority in the face of a clear moral imperative.
  There are, of course, enormous differences between carrying out the orders of a commanding officer during times of war and carrying out the orders of an experimenter. Yet the essence of certain relationships remain, for one may ask in a general way: How does a man behave when he is told by a legitimate authority to act against a third individual? If anything, we may expect the experimenter's power to be considerably less than that of the general, since he has no power to enforce his imperatives, and participation in a psychological experiment scarcely evokes the sense of urgency and dedication engendered by participation in war. Despite these limitations, I thought it worthwhile to start careful observation of obedience even in this modest situation, in the hope that it would stimulate insights and yield general propositions applicable to a variety of circumstances.

  A reader's initial reaction to the experiment maybe to wonder why anyone in his right mind would administer even the first shocks. Would he not simply refuse and walk out of the laboratory? But the fact is that no one ever does. Since the subject has come to the laboratory to aid the experimenter, he is quite willing to start off with the procedure. There is nothing very extraordinary in this, particularly since the person who is to receive the shocks seems initially cooperative, if somewhat apprehensive. What is surprising is how far ordinary individuals will go in complying with the experimenter's instructions. Indeed, the results of the experiment are both surprising and dismaying. Despite the fact that many subjects experience stress, despite the fact that many protest to the experimenter, a substantial proportion continue to the last shock on the generator."

 

Stanley Milgram, Obedience to authority, 1974, Chapter I, Harperpernnial Modernthought, 2009, pp. 3-5.
 

On trouvera un bon compte-rendu, plus détaillé, de l'expérience de Milgram sur Wikipédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_Milgram



  "Le dilemme résultant du conflit entre la conscience et l'autorité est inhérent à la nature de la société et se poserait à nous même si le nazisme n'avait jamais existé. Réduire un problème aussi général à la seule dimension d'un événement historique, c'est se donner l'illusion qu'il appartient à une époque révolue.
  Certains dénient toute valeur d'exemple au phénomène nazi sous prétexte que nous vivons en démocratie et non dans un état « autoritarien ». Mais le problème ne disparaît pas pour autant car il ne concerne ni l'« autoritarianisme » entant que mode d'organisation politique, ni un ensemble particulier d'attitudes psychologiques : ce qu'il met en cause, c'est l'autorité en soi. Un gouvernement autoritarien peut être remplacé par un régime démocratique, mais dans un cas comme dans l'autre, l'autorité ne saurait être éliminée tant que la société continuera sous la forme que nous lui connaissons.

  Dans les démocraties, les dirigeants sont élus par tous les citoyens, mais une fois à leur poste, ils sont investis de la même autorité que ceux qui y parviennent par d'autres moyens. Et comme nous avons eu maintes fois l'occasion de le constater, les exigences de l'autorité promue par la voie démocratique peuvent elles aussi entrer en conflit avec la conscience. L'immigration et l'esclavage de millions de noirs, l'extermination des Indiens d'Amérique, l'internement des citoyens américains d'origine japonaise, l'utilisation du napalm contre les populations civiles du Vietnam représentent autant de politiques impitoyables qui ont été conçues par les autorités d'un pays démocratique et exécutées par l'ensemble de la nation avec la soumission escomptée. Dans chacun de ces cas, des voix se sont élevées au nom de la morale pour flétrir de telles actions, mais la réaction type du citoyen ordinaire a été d'obéir aux ordres.
  À l'occasion des conférences sur l'expérience que je fais dans les universités d'un bout à l'autre des États-Unis, c'est pour moi une surprise toujours renouvelée de me trouver devant des jeunes gens qui se disent horrifiés du comportement de nos sujets et proclament bien haut que jamais ils ne pourraient se conduire de la sorte, mais qui, quelques mois plus tard, sont appelés sous les drapeaux et commettent sans le plus petit scrupule de conscience des actions auprès desquelles le traitement infligé à notre victime est insignifiant. A cet égard, ils sont ni pires ni meilleurs que ceux qui, de tous temps, courbent l'échine devant l'autorité et deviennent les exécuteurs de ses hautes œuvres."

 

Stanley Milgram, Soumission à l'autorité. Un point de vue expérimental, 1974, chapitre 15, trad. E. Molinié, Calmann-Lévy, 1994, p. 221-222.

 

  "The dilemma posed by the conflict between conscience and authority inheres in the very nature of society and would be with us even if Nazi Germany had never existed. To deal with the problem only as if it were a matter of history is to give it an illusory distance.
  Some dismiss the Nazi example because we live in a democracy and not an authoritarian state. But, in reality, this does not eliminate the problem. For the problem is not “authoritarianism” as a mode of political organization or a set of psychological attitudes, but authority itself. Authoritarianism may give way to democratic practice, but authority itself cannot be eliminated as long as society is to continue in the form we know.

  In democracies, men are placed in office through popular elections. Yet, once installed, they are no less in authority than those who get there by other means. And, as we have seen repeatedly, the demands of democratically installed authority may also come into conflict with conscience. The importation and enslavement of millions of black people, the destruction of the American Indian population, the internment of Japanese Americans, the use of napalm against civilians in Vietnam, all are harsh policies that originated in the authority of a democratic nation, and were responded to with the expected obedience. In each case, voices of morality were raised against the action in question, but the typical response of the common man was to obey orders.
  I am forever astonished that when lecturing on the obedience experiments in colleges across the country, I faced young men who were aghast at the behavior of experimental subjects and proclaimed they would never behave in such a way, but who, in a matter of months, were brought into the military and performed without compunction actions that made shocking the victim seem pallid. In this respect, they are no better and no worse than human beings of any other era who lend themselves to the purposes of authority and become instruments in its destructive processes."

 

Stanley Milgram, Obedience to authority, 1974, Chapter XV, Harperpernnial Modernthought, 2009, pp. 179-180.



  "La notion d'autorité est très ancienne. L'étymologie l'atteste : le mot qui nous vient du latin, auctoritas, témoigne que le concept existait déjà dans l'Antiquité. L'idée et le mot nous ont été légués par Rome avec la notion d'État. Mais, si le concept a pris dans la tradition juridique romaine un sens précis et un contenu spécifique, la chose et l'idée ne sont pas propres à Rome. Avant d'être une notion, l'autorité a été une réalité, un fait social dans toutes les sociétés. C'est une donnée apparemment universelle. Elle répond à la conviction – fondée ou non, c'est une question et on y reviendra – qu'aucun groupement humain, si petit qu'il soit, de la famille à la société la plus vaste et la plus complexe, ne peut se passer d'autorité : elle est indispensable pour maintenir la cohésion du groupe, pour imposer aux volontés individuelles le respect d'un intérêt présumé supérieur ; autrement ce serait la dissolution du groupe, la perte de la liberté collective, dès lors assujettie à une domination extérieure. L'admission de l'autorité comme une nécessité, un impératif catégorique, s'accompagne – est-ce inévitable ? C'est une deuxième question – d'un autre postulat : l'autorité, ne pouvant être le fait de tous, implique un partage et une séparation tranchée entre un petit nombre appelé à détenir l'autorité et à l'exercer et tous les autres, voués à l'obéissance, sauf à être rejetés par le groupe. Aussi la notion d'autorité est-elle ordinairement associée à celle de hiérarchie et d'inégalité : il en est pour commander et d'autres dont le lot est d'obéir. Dans ces conditions, comment s'étonner que la notion d'autorité ne fasse pas naturellement bon ménage avec les valeurs proclamées et instaurées par la démocratie et qu'elle inspire aux démocrates moins de sympathie que de répugnance et d'inquiétude ? L'idée même d'autorité, avec pour conséquence qu'une minorité doive l'exercer dans l'intérêt du groupe et subsidiairement aussi de celui des individus qui le composent, n'est pourtant pas nécessairement en contradiction avec la conception et la pratique de la démocratie. Les détenteurs de l'autorité peuvent ne pas être toujours les mêmes : s'ils se renouvellent à des rythmes rapprochés, surtout s'ils tiennent leur pouvoir du choix par tous, si donc ils l'exercent par délégation, l'autorité trouve son fondement et son principe dans la référence à la démocratie."

 

René Rémond,  "La société française et l'autorité", in Migrants-Formation, n° 112, Figures de l'autorité, mars 1998.
 

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Date de création : 30/10/2006 @ 11:29
Dernière modification : 22/11/2019 @ 16:57
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