"La croyance dans la science est différente de la croyance dans la religion. Les croyances dans la science ne sont pas des croyances auxquelles on adhère dogmatiquement. Les objets de la croyance, aussi bien que les attitudes sous-jacentes, sont tout à fait différents. Nous pouvons avoir soit une attitude scientifique soit une attitude religieuse à l'égard du même objet. Par exemple, le socialisme de Marx peut être ou ne pas être vrai scientifiquement. Cependant, quand les gens croient en lui dogmatiquement, il devient une croyance religieuse. Dans le domaine pur de la science, comme en physique, par exemple, la Loi de la Gravitation découverte par Newton a été présumée vraie jusque dans les années récentes. Nous pouvons croire en elle ou bien avec une ferveur religieuse ou bien avec une attitude scientifique. Si nous y croyons avec une attitude religieuse, en pensant que même les chiffres après la dixième place décimale ne peuvent pas être changés, alors Einstein devrait être tué parce que sa nouvelle théorie de la gravitation est fondamentalement différente de celle de Newton. Newton lui-même était un scientifique et, bien qu'il ait formulé une théorie importante qui n'a pas été contestée pendant trois siècles, il a adopté lui-même une attitude scientifique, en croyant que, aussi exacte que puisse être sa théorie, elle pourrait être corrigée dans l'avenir. Bien des scientifiques adoptent une attitude scientifique."
Bertrand Russell, "The Essence and Effect of Religion", 1921, Collected Papers, vol. 15, p. 431-432.
"À bien des égards, la science n'est qu'une religion de plus. Kuhn dépeint à juste titre la communauté scientifique comme une sorte de clergé et John Passmore compare les « aristoscientifiques » aux théologiens du Moyen Âge. Ils sont par maints aspects les prêtres de notre société industrielle. Ce sont eux qui fournissent les informations sur lesquelles le processus d'industrialisation est réglé et sans lesquelles il ne pourrait être opérant. Ce sont eux, encore, qui ont élaboré la vision du monde qui lui confère sa rationalité. De plus, comme dans les autres clergés, ils ont rédigé leurs Écritures dans un langage ésotérique, hermétique au profane. Ils ont défini la vérité de telle sorte qu'ils sont seuls à pouvoir y accéder, car elle doit s'établir par un ensemble de rites qu'eux seuls sont capables d'accomplir : eux seuls possèdent les compétences scientifiques nécessaires, eux seuls disposent de l'équipement technologique requis, eux seuls ont accès aux sanctuaires où, pour être valides, ces rites doivent être accomplis. Il n'est pas surprenant que leurs écrits soient imprégnés de cette aura de sainteté jadis réservée aux textes sacrés des religions établies. En fait, si une proposition reçoit l'estampille « scientifique », elle doit nécessairement être exacte et, à vrai dire, irrécusable ; si, en revanche, elle n'obtient pas le label, elle doit être le fait de charlatans. Voilà qui a pour effet d'investir le clergé scientifique du pouvoir d'empêcher toute déviance indésirable par rapport à l'orthodoxie, tout comme les prélats catholiques du Moyen Âge avaient celui d'excommunier tout hérétique dont l'enseignement menaçait leur autorité. En ce sens, la science n'a pas extirpé la foi : elle a seulement substitué la foi dans la science moderne à la foi dans la religion conventionnelle."
Édouard Goldsmith, Le Tao de l'Écologie, 1992, tr. fr. Agnès Bertrand et Thierry Piélat, Éditions du Rocher, 2002, p. 96.
Date de création : 03/02/2013 @ 11:33
Dernière modification : 29/12/2025 @ 17:15
Catégorie :
Page lue 8164 fois
Imprimer l'article
|