"[…] le monde des peuples commença par les religions […].
Lorsque la guerre a tellement plongé les peuples dans la barbarie et la férocité, que les lois humaines ne peuvent plus être respectées par eux, la religion seule est alors capable de les réduire et de les dompter.
Cet axiome nous montre comment, dans l'état de barbarie, la divine providence se servit de moyens violents et terribles pour fonder la civilisation et pour ordonner les nations après elle ; réveillant ainsi chez les peuples une idée confuse de la divinité qu'ils appliquèrent faussement, mais qui, par l'effroi dont elle les frappa, servit pourtant à les ramener à l'ordre. […]
Polybe a dit que s'il y avait des philosophes dans le monde, on pourrait se passer de religion ; mais nous dirons avec plus de raison que, sans la religion, il n'y aurait pas d'état, pas de civilisation, et par conséquent point de philosophes."
Giambattista Vico, La science nouvelle, 1725, tr. fr. Christina Trivulzio Princesse de Belgiojoso, Gallimard, tel, 1993, p. 78.
"Pour combattre toutes les espèces de délits dont la nature humaine est capable, l'État n'a que deux grands moyens, les Peines et les Récompenses ; les peines pour être appliquées à tous et dans les occasions ordinaires ; les récompenses pour être réservées à un petit nombre et dans des occasions extraordinaires. Mais cette administration des Peines et des Récompenses est souvent contrariée ou égarée, ou rendue impuissante, parce qu'elle n'a pas des yeux pour tout voir et des mains pour tout atteindre. Pour suppléer à cette insuffisance du pouvoir humain, on a cru nécessaire ou du moins utile d'inculquer dans les esprits la croyance en un pouvoir qui s'applique au même but, et qui n'a pas les mêmes imperfections : le pouvoir d'un Être suprême invisible auquel on attribue la disposition de maintenir les lois de la Société, de punir et de récompenser de manière infaillible les actions que les hommes n'ont pu ni récompenser ni punir. Tout ce qui sert à conserver et fortifier parmi les hommes cette crainte du juge suprême est compris sous le nom général de Religion, et pour la clarté du discours, on parle souvent de la religion comme on parlerait d'un être distinct, d'un personnage allégorique, auquel on attribue telle ou telle fonction. Ainsi, diminuer ou pervertir l'influence de la religion, c'est diminuer ou pervertir dans la même proportion les services que l'État en retire pour réprimer le crime ou encourager la vertu."
Jeremy Bentham, Traités de législation civile et pénale, 1802, Tome I, Vue générale d'un corps complet de législation, chapitre VII, Bossange, Masson et Besson, p. 201-202.