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Texte à méditer :  Deviens ce que tu es.
  
Pindare
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Hors des sentiers battus
Le présent
  "Qu'est-ce, pour moi, que le moment pré­sent ? Le propre du temps est de s'écouler ; le temps déjà écoulé est le passé, et nous appelons présent l'instant où il s'écoule. Mais il ne peut être question ici d'un instant mathématique. Sans doute il y a un présent idéal, purement conçu, limite indivisible qui séparerait le passé de l'avenir. Mais le présent réel, concret, vécu, celui dont je parle quand je parle de ma perception pré­sente, celui-là occupe nécessairement une durée. Où est donc située cette durée ? Est-ce en deçà, est-ce au delà du point mathématique que je détermine idéalement quand je pense à l'instant présent ? Il est trop évident qu'elle est en deçà et au delà tout à la fois, et que ce que j'appelle « mon présent » empiète tout à la fois sur mon passé et sur mon avenir. Sur mon passé d'abord, car « le moment où je parle est déjà loin de moi » ; sur mon avenir ensuite, car c'est sur l'avenir que ce moment est penché, c'est à l'avenir que je tends, et si je pouvais fixer cet indivisible présent, cet élément infinitésimal de la courbe du temps, c'est la direction de l'avenir qu'il montrerait. Il faut donc que l'état psycholo­gique que j'appelle « mon présent » soit tout à la fois une perception du passé immédiat et une détermination de l'avenir immédiat. Or le passé immédiat, en tant que perçu, est, comme nous verrons, sensation, puisque toute sensation traduit une très longue succession d'ébranlements élémentaires ; et l'avenir immédiat, en tant que se déterminant, est action ou mouvement. Mon présent est donc à la fois sensation et mouvement ; et puisque mon présent forme un tout indivisé, ce mouvement doit tenir à cette sensation, la prolonger en action. D'où je conclus que mon présent consiste dans un système combiné de sensations et de mouvements. Mon présent est, par essence, sensori-moteur."


Bergson, Matière et mémoire, 1896, chapitre III, PUF, 1965, p. 152-153.


 

  "Qu'est-ce au juste que le présent ? S'il s'agit de l'instant actuel, – je veux dire d'un instant mathématique qui serait au temps ce que le point mathématique est à la ligne, – il est clair qu'un pareil instant est une pure abstraction, une vue de l'esprit ; il ne saurait avoir d'existence réelle. Jamais avec de pareils instants vous ne feriez du temps, pas plus qu'avec des points mathématiques vous ne compo­seriez une ligne. Supposez même qu'il existe : comment y aurait-il un instant antérieur à celui-là ? Les deux instants ne pourraient être séparés par un intervalle de temps, puisque, par hypothèse, vous réduisez le temps à une juxtaposition d'instants. Donc ils ne seraient séparés par rien, et par consé­quent ils n'en feraient qu'un : deux points mathématiques, qui se touchent, se confondent. Mais laissons de côté ces subtilités. Notre conscience nous dit que, lorsque nous parlons de notre présent, c'est à un certain intervalle de durée que nous pensons. Quelle durée ? Impossible de la fixer exactement ; c'est quelque chose d'assez flottant. Mon présent, en ce moment, est la phrase que je suis occupé à prononcer. Mais il en est ainsi parce qu'il me plaît de limiter à ma phrase le champ de mon attention. Cette attention est chose qui peut s'allonger et se raccourcir, comme l'intervalle entre les deux pointes d'un compas. Pour le moment, les pointes s'écartent juste assez pour aller du commencement à la fin de ma phrase ; mais, s'il me prenait envie de les éloigner davantage, mon présent embrasserait, outre ma dernière phrase, celle qui la précédait : il m'aurait suffi d'adopter une autre ponctuation. Allons plus loin : une attention qui serait indéfiniment extensible tiendrait sous son regard, avec la phrase précédente, toutes les phrases antérieures de la leçon, et les événements qui ont précédé la leçon, et une portion aussi grande qu'on voudra de ce que nous appelons notre passé. La distinction que nous faisons entre notre présent et notre passé est donc, sinon arbitraire, du moins relative à l'étendue du champ que peut embrasser notre attention à la vie. Le « présent » occupe juste autant de place que cet effort. Dès que cette attention particulière lâche quelque chose de ce qu'elle tenait sous son regard, aussitôt ce qu'elle abandonne du présent devient ipso facto du passé. En un mot, notre présent tombe dans le passé quand nous cessons de lui attribuer un intérêt actuel. Il en est du présent des individus comme de celui des nations : un événement appartient au passé, et il entre dans l'histoire, quand il n'intéresse plus directe­ment la politique du jour et peut être négligé sans que les affaires s'en ressentent. Tant que son action se fait sentir, il adhère à la vie de la nation et lui demeure présent."
 
Bergson, "La perception du changement", 1911, in La Pensée et le Mouvant, P.U.F., 1998, p. 168-169.

 
  "[…] l'expérience première, et même, à la rigueur, la seule authentique expérience, est pour nous celle de l'éternité. Si l'on fait abstraction de toute mémoire, de toute localisation raisonnée, la donnée immédiate qui s'offre à nous n'est-elle pas celle d'un perpétuel présent ? Le passé et le futur ne sont jamais donnés : ils ne peuvent être que pensés. Ils ne sauraient donc nous apparaître que comme n'étant pas nous-mêmes, et appartenant à l'objet. C'est notre pensée qui les pose, qui conçoit tel événement comme faisant partie de notre histoire, telle éventualité comme susceptible de s'offrir à nous demain. Par contre, la pensée qui pense le passé et le futur est toujours une pensée présente : le présent semble ainsi contenir le temps tout entier. Ce n'est donc que du point de vue du jugement, et d'une pensée à la fois objective et discursive, que notre présent apparaît comme contenu dans le temps, et enfermé entre le passé et le futur. À s'en tenir à la pure expérience de notre conscience, on peut croire au contraire que c'est le temps qui est enfermé dans notre présent, passé et futur étant posés par un acte présent de notre esprit. Il suffirait donc à notre conscience de ne considérer que soi pour s'apercevoir comme éternelle."
 
Ferdinand Alquié, Le désir d'éternité, 1943, PUF, 1987, p. 97.
 

Date de création : 10/05/2013 @ 17:19
Dernière modification : 25/09/2018 @ 12:51
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