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Texte à méditer :   Les hommes normaux ne savent pas que tout est possible.   David Rousset
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Hors des sentiers battus
La peur de la mort
  "Maintenant habitue-toi à la pensée que la mort n'est rien pour nous, puisqu'il n'y a de bien et de mal que dans la sensation et la mort est absence de sensation. Par conséquent, si l'on considère avec justesse que la mort n'est rien pour nous, l'on pourra jouir de sa vie mortelle. On cessera de l'augmenter d'un temps infini et l'on supprimera le regret de n'être pas éternel. Car il ne reste plus rien d'affreux dans la vie quand on a parfaitement compris qu'il n'y a pas d'affres après cette vie. Il faut donc être sot pour dire avoir peur de la mort, non pas parce qu'elle serait un événement pénible, mais parce qu'on tremble en l'attendant. De fait, cette douleur, qui n'existe pas quand on meurt, est crainte lors de cette inutile attente !
  Ainsi le mal qui effraie le plus, la mort, n'est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n'est pas là et lorsque la mort est là nous n'existons pas. Donc la mort n'est rien pour ceux qui sont en vie, puisqu'elle n'a pas d'existence pour eux, et elle n'est rien pour les morts, puisqu'ils n'existent plus. Mais la plupart des gens tantôt fuient la mort comme le pire des maux et tantôt l'appellent comme la fin des maux. Le philosophe ne craint pas l'inexistence, car l'existence n'a rien à voir avec l'inexistence, et puis l'inexistence n'est pas un méfait."
   
Épicure, Lettre à Ménécée, trad. E. Boyancé P.U.F.


  "Lors donc qu'un homme se lamente sur lui-même à la pensée de son sort mortel qui fera pourrir son corps abandonné, ou le livrera aux flammes, ou le donnera en pâture aux bêtes sauvages, tu peux dire que sa voix sonne faux, qu'une crainte secrète tourmente son cœur, bien qu'il affecte de ne pas croire qu'aucun sentiment puisse résister en lui à la mort. Cet homme, à mon avis, ne tient pas ses promesses et cache ses principes; ce n'est pas de tout son être qu'il s'arrache à la vie ; à son insu peut-être il suppose que quelque chose de lui doit survivre. Tout vivant en effet qui se représente son corps déchiré après la mort par les oiseaux de proie et les bêtes sauvages se prend en pitié ; car il ne parvient pas à se distinguer de cet objet, le cadavre, et croyant que ce corps étendu, c'est lui-même, il lui prête encore, debout à ses côtés, la sensibilité de la vie. Alors il s'indigne d'avoir été créé mortel, il ne voit pas que dans la mort véritable il n'y aura plus d'autre lui-même demeuré vivant pour pleurer sa fin et, resté debout, gémir de voir sa dépouille devenue la proie des bêtes et des flammes."

Lucrèce, De la nature, Livre III, vers 870-893.

 
  "Car la vie entière du philosophe, nous le savons est une préparation à la mort. Que faisons-nous lorsque nous détachons notre âme du plaisir (c'est-à-dire du corps), des affaires privées (qui en dépendent étroitement), des affaires publiques, bref de tout ce qui est synonyme d'activité, que faisons-nous, dis-je, sinon l'obliger à se ressaisir, l'inciter à la concentration et surtout l'isoler du corps ? Or, séparer l'âme du corps, c'est, assurément, apprendre à mourir. Méditons là-dessus, crois-moi, et désunissons-nous de nos corps; j'entends, accoutumons-nous à mourir: nous vivrons ainsi, durant notre séjour sur terre, comme si nous étions déjà au ciel et lorsque, délivrés de nos chaînes, nous y serons transportés, le trajet paraîtra moins long à nos âmes. Celles, en effet, qui ont été toujours entravées par leur corps, ont un essor plus lent une fois libérées, tout comme les captifs qui sont restés de nombreuses années enchaînés. Lorsque nous serons là-bas, c'est alors que nous vivrons; car c'est la vie d'ici-bas, sur laquelle j'aurais bien des larmes à verser, si je me laissais aller, qui est la mort. [...]
  Ton heure viendra, et vite même, que tu veuilles la reculer ou que tu la hâtes; le temps s'envole. Mais pour que tu ne croies plus, comme il y a peu encore, que la mort est un mal, je te démontrerai qu'il n'y a rien de plus insignifiant et, même, pas de plus grand bien pour nous qui sommes destinés à être dieux ou à vivre avec les dieux."

Cicéron, Devant la mort (Première Tusculane), 45 av. J.-C., tr. fr. Danièle Robert, Arléa, 1996, p. 74-75.


  "Dusses-tu vivre trois mille ans et autant de fois dix mille ans, souviens-toi pourtant que personne ne perd une autre vie que celle qu'il vit, et qu'il n'en vit pas d'autre que celle qu'il perd. Donc le plus long et le plus court reviennent au même. Car le présent est égal pour tous ; est donc égal aussi ce qui périt ; et la perte apparaît ainsi comme instantanée ; car on ne peut perdre ni le passé ni l'avenir ; comment en effet pourrait-on vous enlever ce que vous ne possédez pas ? Il faut donc se souvenir de deux choses : l'une que toutes les choses sont éternellement semblables et recommençantes, et qu'il n'importe pas qu'on voie les mêmes choses pendant cent ou deux cents ans ou pendant un temps infini ; l'autre qu'on perd autant, que l'on soit très âgé ou que l'on meure de suite : le présent est en effet la seule chose dont on peut être privé, puisque c'est la seule qu'on possède, et que l'on ne perd pas ce que l'on n'a pas."
 
 

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, II, 14, Trad. E. Bréhier. Coll. Pléiade Gallimard, p. 1149.

 
  "Aussi, quand tu vois un homme se lamenter sur lui-même, à la pensée qu'après la mort il pourrira, une fois son corps abandonné, ou qu'il sera dévoré par les flammes, ou par la mâchoire des bêtes sauvages, tu peux dire que sa voix sonne faux, et que se cache dans son coeur quelque aiguillon secret, malgré son refus de croire qu'aucun sentiment puisse subsister en lui dans la mort. À mon avis, il n'accorde pas ce qu'il annonce, il ne donne pas ses véritables raisons : ce n'est pas radicalement qu'il s'arrache et se retranche de la vie mais à son insu même, il suppose qu'il survit quelque chose de lui. Le vivant, en effet, qui se représente que son corps, après la mort, sera déchiré par les oiseaux et les bêtes de proie, s'apitoie sur sa propre personne : c'est qu'il ne se sépare pas de cet objet, il ne se distingue pas assez de ce cadavre étendu, il se confond avec lui, et, debout à ses côtés, il lui prête sa sensibilité.
  Voilà pourquoi il s'indigne d'avoir été créé mortel, sans voir que, dans la mort véritable, il n'y aura pas d'autre lui-même qui demeuré vivant puisse déplorer sa propre perte, et resté debout, gémir de se voir gisant à terre en proie aux bêtes ou aux flammes. Car si dans l'état de la mort c'est un malheur que d'être broyé par les mâchoires et la morsure des fauves, je ne vois pas pourquoi il n'est pas douloureux de prendre place sur un bûcher, pour rôtir dans les flammes, ou d'être mis dans du miel qui vous étouffe, ou d'être raidi par le froid sur la pierre glacée du tombeau où l'on vous a couché, ou enfin d'être écrasé et broyé sous le poids de la terre qui vous recouvre. Désormais il n'y aura plus de maison joyeuse pour t'accueillir, plus d'épouse excellente, plus d'enfants chéris pour courir à ta rencontre, se disputer tes baisers et pénétrer ton coeur d'une douceur secrète. Tu ne pourras plus assurer la prospérité de tes affaires et la sécurité des tiens.
  « O malheur, disent-ils, ô malheureux, tant de joies de la vie il a suffi d'un seul jour funeste pour te les arracher toutes ». Cependant ils se gardent bien d'ajouter : « mais le regret de tous ces biens ne te suit pas, et ne pèse plus sur toi dans la mort ». Si l'on avait pleine conscience de cette vérité, si l'on y conformait ses paroles, on libérerait son esprit d'une angoisse et d'une crainte bien grandes."
 
Marc Aurèle, De la nature des choses, Livre III, v. 870 à 909.
 

 
 "La mort est moins à craindre que rien, s'il y avait quelque chose de moins... Elle ne vous concerne ni mort, ni vif ; vif parce que vous êtes ; mort parce que vous n'êtes plus. Nul ne meurt avant son heure. Ce que vous laissez de temps n'était non plus le vôtre que celui qui s'est passé avant votre naissance ; et ne vous touche non plus... Où que votre vie finisse, elle y est toute. L'utilité du vivre n'est pas en l'espace, elle est en l'usage : tel a vécu longtemps, qui a peu vécu : attendez-vous-y pendant que vous y êtes. Il gît en votre volonté, non au nombre des ans, que vous ayez assez vécu. Pensiez-vous jamais n'arriver là où vous alliez sans cesse Encore n'y a-t-il chemin que n'ait son issue. Et si la compagnie vous peut soulager, le monde ne va-t-il pas même train que vous allez ?"
 
Montaigne, Essais, 1580, Livre I, Chapitre 19, Que philosopher, c'est apprendre à mourir.

 
 "Épicure et Lucrèce supposent que la mort est une chose qui ne nous concerne pas, et à laquelle nous n'avons aucun intérêt. Ils concluent cela de ce qu'ils supposent que l'âme est mortelle, et par conséquent que l'homme ne sent plus rien après la séparation du corps et de l'âme.
 [...] Ces philosophes [...] supposent que l'homme ne craint la mort que parce qu'il se figure qu'elle est suivie d'un grand malheur positif£ Ils se trompent, et ils n'apportent aucun remède à ceux qui regardent comme un grand mal la simple perte de la vie. L'amour de la vie est tellement enraciné dans le coeur de l'homme, que c'est un signe qu'elle est considérée comme un très grand bien ; d'où il s'ensuit que de cela seul que la mort enlève ce bien, elle est redoutée comme un très grand mal. À quoi sert de dire contre cette crainte : vous ne sentirez rien après votre mort ? Ne vous répondra-ton pas aussitôt, c'est bien assez que je sois privé de la vie que j'aime tant ; et si l'union de mon corps et de mon âme est un état qui m'appartient, et que je souhaite ardemment conserver, vous ne pouvez pas prétendre que la mort qui rompt cette union est une chose qui ne me regarde pas.
 Concluons que l'argument d'Épicure et de Lucrèce n'était pas bien arrangé, et qu'il ne pouvait servir que contre la peur des peines de l'autre monde. Il y a une autre sorte de peur qu'ils devaient combattre ; c'est celle de la privation des douceurs de cette vie."
 
Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, 1697, article « Lucrèce », tome IX, Genève, Slatkine Reprints, 1969.

 
  "L'illustre Bacon a dit que les hommes craignent la mort par la même raison que les enfants ont peur de l'obscurité. Nous nous défions naturellement de tout ce que nous ne connaissons point ; nous voulons voir clair, afin de nous garantir des objets qui nous peuvent menacer, ou pour être à portée de nous procurer ceux qui peuvent nous être utiles. L'homme qui existe ne peut se faire d'idée de la non existence ; comme cet état l'inquiète, son imagination se met à travailler au défaut de l'expérience, pour lui peindre bien ou mal cet état incertain. Accoutumé à penser, à sentir, à être mis en action, à jouir de la société ; il voit le plus grand des malheurs dans une dissolution qui le privera des objets et des sensations que sa nature présente lui a rendu nécessaires, qui l'empêchera d'être averti de son être, qui lui ôtera ses plaisirs pour le plonger dans le néant. En le supposant même exempt de peines, il envisage toujours ce néant comme une solitude désolante, comme un amas de ténèbres profondes ; il s' y voit dans un abandon général, destitué de tout secours, et sentant la rigueur de cette affreuse situation. Mais le sommeil profond ne suffit-il pas pour nous donner une idée vraie du néant ? Ne nous prive-t-il pas de tout ? Ne semble-t-il pas nous anéantir pour l'univers ; et anéantir cet univers pour nous ? La mort est-elle autre chose qu'un sommeil profond et durable ? C'est faute de pouvoir se faire une idée de la mort que l' homme la redoute ; s' il s' en faisait une idée vraie, il cesserait dès lors de la craindre ; mais il ne peut concevoir un état où l' on ne sent point ; il croit donc que, lorsqu' il n' existera plus, il aura le sentiment et la conscience de ces choses qui lui paraissent aujourd'hui si tristes et si lugubres ; son imagination lui peint son convoi, ce tombeau que l'on creuse pour lui, ces chants lamentables qui l' accompagneront à son dernier séjour ; il se persuade que ces objets hideux, l'affecteront, même après son trépas, aussi péniblement que dans l'état présent où il jouit de ses sens.
 Mortel égaré par la crainte ! Après ta mort tes yeux ne verront plus, tes oreilles n'entendront plus ; du fond de ton cercueil tu ne seras point le témoin de cette scène que ton imagination te représente aujourd'hui sous des couleurs si noires ; tu ne prendras pas plus de part à ce qui se fera dans le monde, tu ne seras pas plus occupé de ce qu'on fera de tes restes inanimés, que tu ne pouvais faire la veille du jour qui te plaça parmi les êtres de l'espèce humaine. Mourir, c'est cesser de penser et de sentir, de jouir et de souffrir ; tes idées périront avec toi ; tes peines ne te suivront point dans la tombe. Pense à la mort, non pour alimenter tes craintes et ta mélancolie, mais pour t'accoutumer à l'envisager d'un oeil paisible, et pour te rassurer contre les fausses terreurs que les ennemis de ton repos travaillent à t'inspirer.
 Les craintes de la mort sont de vaines illusions qui devraient disparaître aussitôt qu'on envisage cet événement nécessaire sous son vrai point de vue."
 
Paul-Henri Thiry D'Holbach, Système de la nature, 1770, 1ère partie, Chapitre XIII, in Œuvres philosophiques complètes, tome II, Éditions Alive, 1999, p. 325-326.


  "Il est certaines activités que l'on accomplit pour « tuer le temps », comme s'il était parfois préférable qu'il soit mort. Cette boutade trahit une vérité profonde : toutes nos réflexions sur le temps sont certainement, sans que nous en ayons conscience, imprégnées par l'idée – et donc la crainte – de la mort. Nous disions plus haut que l'avenir, comme suite d'événements, est largement imprévisible, quand bien même nous nous efforcerions d'y introduire des programmes, des plans ou des régularités. Ce n'est pas tout à fait exact. Chacun de nous mourra. Loin de pouvoir tuer le temps, c'est lui qui nous dévore, comme le cruel titan Cronos de la mythologie dévorait ses enfants au fur et à mesure que son épouse Rhéa les mettait au monde. Son flux nous conduit tous au cimetière, sans exception. Notre mort est donc un événement certain, quoique à venir. Chacun sait constamment qu'un moment doit survenir pour lui où il n'y aura plus ni présent ni avenir. Un tel moment appartient en propre à chacun de nous, même si nous ignorons sa date. Nous ne pouvons pas le partager, car personne ne mourra à notre place. D'une certaine façon, le temps nous sépare déjà, ici et maintenant. C'est ce que Tolstoï a magnifiquement analysé dans La Mort d'Ivan Ilitch. Le personnage principal, Ivan Ilitch, atteint d'un cancer de l'intestin, se voit mourir à petit feu et se trouve progressivement séparé des autres, les parents, les proches, les vivants. Le temps est un imparable principe d'individuation[1]. Face à lui, un autre que moi ne peut pas être moi. [...]
  C'est pourquoi toutes nos réflexions sur le temps portent aussi, plus ou moins consciemment, sur notre mort. Inversement, à réfléchir sur le temps, nous nous sentons irrémédiablement mortels. L'avenir est nécessairement éprouvé par les êtres finis que nous sommes comme une anticipation de la mort. Ne sommes-nous pas tous des « galériens enchaînés à la mort », comme disait Kierkegaard le mélancolique ? Plus généralement, le temps est le support implicite de toute pensée de la genèse et de l'origine, de l'histoire et de la destinée. Il est cette pure inquiétude dont toutes les vies humaines sont imprégnées. C'est pourquoi toute évocation du temps est chargée d'angoisses, de spleens, de fantasmes, d'espérances. Il n'y a qu'à examiner notre volonté, obstinée mais utopique, de retrouver le paradis perdu, de faire renaître le phénix, de revenir en arrière (le mot nostalgie vient du grec nostos, qui signifie « retour ») ; il n'y a qu'à sentir notre désir farouche de nous réincarner, de tendre à l'immortalité ; il n'y a qu'à voir notre fol mais persistant espoir d'inventer la machine à remonter le temps, ou de découvrir le mouvement perpétuel. Tous ces désirs, qui sont peut-être les plus fonciers de notre être, ne sont-ils pas engendrés par le sentiment d'impuissance que nous éprouvons face à l'irréversibilité du temps ? La flèche du temps n'est-elle pas l'image mobile de l'immobile épée de Damoclès ?

  Il existe des manières efficaces d'échapper à cette angoisse. Nous pouvons par exemple pencher pour la stratégie de l'évitement et de l'esquive, comme nous y invite à sa manière Baudelaire, quelque part dans ses Petits Poèmes en prose : « Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut nous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. » Les plus sobres d'entre nous essaieront plutôt (ou aussi) de transcender cette angoisse en se fabriquant un bouclier contre la flèche pointue du temps. Ils feront des enfants ou des livres, créeront une œuvre immortelle, laisseront leur nom dans l'histoire, acquerront considération, notoriété et gloire, s'anesthésieront d'occupations multiples, recourront à la chirurgie esthétique, posséderont des choses qui ne s'usent pas (de la pierre ou des pierres). Ainsi croyons-nous oublier, dans l'illusion de durer, de faire face à notre destin de mortel. Mais la mort, en fin de compte, ne se laisse jamais berner. Avec elle, nul biais ne dure et aucun leurre n'aboutit jamais.
  L'esprit de clan ou d'équipe fournit une autre voie échappatoire provisoire. Le fait d'appartenir à une communauté, à une Église, à une nation donne en effet le sentiment d'être un élément passager d'un grand corps immortel. Le groupe survivant à la mort de chacun de ceux qui le composent, aucun de ses membres ne meurt tout à fait quand il meurt. Les membres sont autant de maillons temporaires pour une chaîne qui n'a pas d'âge. Toute communauté ancienne et stable offre ainsi l'immortalité par délégation, l'éternité à temps partiel en quelque sorte. Les rites, les pratiques, les commémorations, les anniversaires sont autant de tentatives qui vont dans ce sens : elles installent des cycles et des répétitions au sein du temps linéaire et fuyant. Mais de toutes les parades au temps destructeur, l'amour, ou plutôt l'Amour, reste la plus belle, la plus joyeuse et la plus tonique, même si elle n'est peut-être pas moins illusoire que les autres."

 

Étienne Klein, Le temps, Paris : Flammarion 1995, p. 101-106.


[1] Individuation: "Ce qui différencie un individu d'un autre de la même espèce." (Le Petit Robert, 2007) ; "Distinction d'un individu des autres de la même espèce ou du groupe, de la société dont il fait partie ; fait d'exister en tant qu'individu." (ATILF, Trésor de la langue française informatisé [en ligne]).

 


Date de création : 30/06/2013 @ 11:19
Dernière modification : 22/01/2016 @ 13:48
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