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Hors des sentiers battus
La relation à l'autre à travers le temps

  "Toutes les socialisations sont influencées au dernier degré dans leur forme et leur contenu par la représentation de la durée qu'on croit devoir leur attribuer. C'est une des découvertes de al sociologie dont la vérité saute certes aux yeux dans les cas les plus rudimentaires, mais qu'on néglige d'autant plus dans les cas plus subtils. Que la qualité du lien entre homme et femme dans le mariage pour la vie est différente de celle d'une liaison passagère, que le soldat de métier a un autre rapport à l'armée que l'appelé pour deux ou trois ans, cela va de soi pour tout un chacun ; mais la conclusion, que ces effets macroscopiques de la durée doivent intervenir aussi à un degré moins frappant, en proportion et donc aussi à un degré microscopique ne semble jamais être tirée. Qu'un contrat soit conclu à un ou dix ans, qu'une réunion sociable dure les quelques heures d'une soirée ou soit projetée pour toute une journée, comme dans une partie de campagne, que l'on se retrouve à la table d'hôtes d'un hôtel où les convives changent chaque jour, ou à celle d'une pension prévue pour des séjours plus longs – voilà des questions capitales pour la nuance du déroulement de la réunion, les conditions matérielles, l'ambiance et les caractères des personnes étant choses égales par ailleurs. Il est vrai que, quel que soit le sens de son action, la durée n'est pas à envisager en soi et dépend de l'ensemble des circonstances : une durée longue conduira souvent à une négligence, voire à un mépris du lien de cohésion parce que l'on est sûr de lui et que l'on ne juge pas nécessaire de renforcer encore par de nouvelles incitations un lien de toute façon irrévocable ; en revanche, la conscience  de ce caractère inéluctable nous conduira à une adaptation mutuelle et à des concessions plus ou moins résignées pour rendre au moins aussi supportable que possible la contrainte une fois qu'elle est acceptée ; l'occasion, la brièveté poussera à la même intensité d'usage de la relation que sa longueur chez d'autres tempéraments qui peuvent endurer une relation purement extérieure ou « à moitié » pour un temps court, mais pas à la longue. Cette mention de l'effet qu'exerce l'idée de la durée d'une relation sur chacun de ses facteurs ne vise à démontrer ici que le fait que l'essence sociologique d'une rencontre accidentelle brève appartient par nature à un contexte large et fondamental. L'amitié de voyage, par le sentiment qu'elle n'engage à rien et que l'on reste au fond anonyme pour un homme dont on se séparera pour toujours dans quelques heures, nous induit souvent à des confidences bien étranges, à céder sans frein au besoin de se confier que, dans les relations habituelles à long terme, nous avons appris à réprimer seulement à force d'en subir les conséquence."

 

Georg Simmel, Sociologie. Études sur les formes de la socialisation, 1908, tr. fr. Lyliane Deroch-Gurcel et Sibylle Muller, PUF, Quadrige 1999, p. 653-654.

 

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Date de création : 27/01/2014 @ 14:05
Dernière modification : 27/01/2014 @ 14:05
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