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Hors des sentiers battus
Ce que l'animal apprend à l'homme

  "[...] Les animaux ne parlent pas et c'est depuis ce fond silencieux, peut-être, sans doute, traversé de cris, mais silencieux quant à ce que nous entendons comme sens, c'est depuis ce silence insensé qu'ils nous regardent.
  Le jeu de la fable est de faire parler les animaux et, en leur accordant le logos, non de les faire rentrer dans le rang, mais de nous faire sortir nous, du nôtre. [...] Mais pourtant rien n'y fait, par-delà la fable, par-delà l'ajointement presque susurré entre ce qu'elle dit et ce qu'il en irait d'un affect non humain, un fossé subsiste, que le langage désigne mais ne peut pas combler puisqu'en vérité il le représente. Mon effort ici tend à courber les choses vers une modestie qui serait elle-même fille d'un étonnement, il tend à désolidariser le « propre de l'homme » de la gangue de fierté qui le nimbe et, inversement, à ne pas associer de façon automatique et impensée, comme cela se fait couramment, l'absence de langage articulé, à l'imbécillité ou à une situation forcément subalterne. Nous n'avancerions pas de beaucoup, c'est vrai, si je me contentais de dire et de répéter que les animaux n'ont pas la parole, même lorsqu'on la leur donne, mais il y a peut-être déjà un pas de gagné si nous nous demandons, par contre, quelle peut être la consistance d'un monde de choses innommées et comment, dans ce monde auquel nous n'avons eu qu'un accès furtif dans une enfance lointaine et sans souvenirs, quelque-chose comme un sens – un sens qui n'est pas notre sens – affleure et, d'une certaine façon, pour autant que nous nous disposions à le pressentir, nous parvient.

  Ce qui est en jeu ici, c'est l'immédiateté du vivant à lui-même, c'est la masse d'actions enchevêtrées, diverses et formidables qui le constitue. En effet, et c'est là comme une déferlante, du côté du monde où les choses ne sont pas nommées il y a des actions et avec ces actions les animaux, selon leurs compétences d'espèces et d'individus, semblent s'enrouler dans le monde et le faire sous nos yeux, certes comme nous le faisons nous-mêmes, mais aussi d'une autre façon, dans de tout autres styles et avec, disons-le, un art de l'enveloppement qui nous surpasse. Ce qui est proposé dès lors – et c'est directement lié à leur silence, directement en phase avec le fait qu'ils ne (nous) parlent pas – ce sont des modes d'emploi, des pratiques, des écarts, des jouissances, c'est tout ce que l'on a coutume d'enfermer derrière la notion de comportement, laquelle englobe, on le sait, aussi bien le mouvement d'un poulpe et les bonds d'un fauve, que la course alentie de la girafe ou les battements d'aile d'un canard s'enlevant d'un étang. Tout et n'importe quoi du monde animal, autrement dit tout ce que les bêtes savent faire, tout ce qu'elles font."

 

Jean-Christophe Bailly, Le Parti pris des animaux, 2013, "Les animaux sont des maîtres silencieux", Christian Bourgeois éditeur, p. 83-85.

 

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Date de création : 15/02/2021 @ 08:52
Dernière modification : 15/02/2021 @ 08:52
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