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Texte à méditer :  C'est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher.
  
Descartes
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Hors des sentiers battus
Juger : le rôle de la raison / de l'entendement / le bon sens

  "Le bon sens s'applique aux mêmes choses que la prudence, c'est-à-dire aux choses d'action que nous pouvons à notre choix ou rechercher ou fuir. Le bon sens est inséparable de la prudence. C'est la prudence qui fait faire les choses dont nous venons de parler. Mais le bon sens est cette qualité, cette disposition ou telle autre faculté, qui nous découvre le parti le meilleur et le plus avantageux, dans les actes que nous devons accomplir.
  Aussi, les choses qui se font spontanément, quelque bien faites qu'elles soient, ne semblent pas pouvoir être rapportées au bon sens. Toutes les fois qu'il n'y a pas eu intervention de la raison pour discerner le parti le meilleur à prendre, on ne peut pas appeler homme de bon sens celui qui réussit de cette façon. Quel que soit le succès, il n'est qu'heureux ; car les succès obtenus sans la raison qui juge sainement les choses, ne sont rien que du bonheur."

 

Aristote, La Grande morale, Livre II, chapitre 3.


 

  "Je ne puis m'empêcher de faire état d'une opinion assez répandue suivant laquelle le goût constituerait une faculté séparée de l'esprit, distincte du jugement et de l'imagination ; une sorte d'instinct par lequel nous serions naturellement frappés, au premier coup d'œil et sans aucun raisonnement antérieur, des beautés et des défauts d'une composition. En tout ce qui concerne l'imagination et les passions, je crois que la raison est en effet peu consultée ; mais, en ce qui concerne la disposition, la bienséance, la convenance, bref partout où le meilleur goût se distingue du pire, je suis convaincu que c'est l'entendement qui opère, et rien d'autre ; et son opération est en réalité loin d'être toujours soudaine, et si elle l'est, souvent loin d'être juste. Il arrive fréquemment aux hommes du goût le plus sûr de désavouer ces jugements hâtifs et précipités que l'esprit, dans son horreur de la neutralité et du doute, aime à former sur-le-champ. On sait que le goût (quelle que soit sa nature) se perfectionne exactement de la même manière que le jugement, par un élargissement des connaissances, par une attention soutenue à l'objet et par un fréquent exercice. Chez ceux qui n'ont pas adopté ces méthodes, si le goût décide promptement, c'est toujours de façon incertaine ; leur rapidité est due à la présomption et à la témérité, non à une illumination subite qui dissiperait en un instant les ténèbres de leurs esprits. Au lieu que ceux qui ont cultivé l'espèce de connaissance qui fait l'objet du goût acquièrent progressivement par l'habitude non seulement une sûreté, mais une promptitude de jugement, ainsi qu'on le fait par les mêmes méthodes dans toutes les autres circonstances. On est d'abord obligé d'épeler, mais on finit par lire facilement et rapidement ; cependant, la rapidité de l'opération ne prouve pas que le goût soit une faculté distincte. Je ne crois pas que personne ait assisté à une discussion sur des matières du ressort de la raison toute nue sans avoir été frappé de la promptitude avec laquelle le processus de l'argumentation se déroule, les raisons sont découvertes, les objections soulevées et réfutées et les conclusions tirées des prémisses – rapidité tout aussi grande que celle avec laquelle on peut supposer que s'exerce le goût – ; et cela dans un domaine où rien n'opère ou n'est supposé opérer que la simple raison."

 

Edmund Burke, Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, 1757, Introduction, tr. fr. Baldine Saint-Girons, Vrin, p. 84-85.


 

  "C'est [le jugement] qui caractérise de manière décisive le « bon sens » (gesunder Menschenverstand), que l'on appelle aussi parfois « sens commun ». Ce qui distingue l'imbécile de l'homme intelligent, c'est son impuissance à subsumer correctement, de laquelle résulte son incapacité d'appliquer correctement ce qu'il a appris et qu'il sait. L'introduction du terme de Urteilskraft au XVIIIe siècle vise ainsi à rendre fidèlement le concept du judicium, dans lequel on doit reconnaître une vertu fondamentale de l'esprit. La philosophie morale anglaise souligne dans le même sens que les appréciations morales et esthétiques n'obéissent pas au reason mais relèvent au contraire du sentiment (plus précisément du taste) ; de même Tetens, l'un des représentants des Lumières allemandes, voit-il dans le sensus communis un « judicium sans réflexion ». C'est un fait que l'activité du jugement, celle qui subsume sous une généralité une donnée particulière, ou qui reconnaît en quelque chose le cas correspondant à une règle, ne relève pas de la démonstration logique. Le jugement se trouve ainsi fondamentalement dans l'embarras, en ce qui concerne le principe qui pourrait guider son application. Comme Kant le note avec sagacité, l'observance de ce principe devrait recourir à son tour à un autre jugement. Son enseignement ne peut donc pas consister en généralités, on ne l'exerce au contraire que d'un cas à l'autre, et le jugement est donc plutôt une faculté comme les sens. Il est par conséquent quelque chose que l'on ne peut absolument pas apprendre parce qu'aucune démonstration conceptuelle ne peut régir l'application de règles. […]
  Le bon sens (gesunde Vernunft), le commmon sense se montre surtout dans les jugements qu'il prononce sur ce qui est bien (recht) et ce qui ne l'est pas, sur ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas. Celui qui a un jugement sain n'est pas comme tel capable d'apprécier le particulier à partir de points de vue généraux, il sait au contraire ce qui importe vraiment : c'est dans des perspectives justes, bonnes et saines qu`il voit les choses. Un imposteur, dont les calculs sont justes sur les faiblesses humaines, et qui ne cesse pas de trouver ce qui sert ses tromperies, n'a pas pour autant un « jugement sain » (au sens éminent du terme)."

 

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode, 1960, tr. fr. Pierre Fruchon, Jean Grondin et Gilbert Merlio, Points essais, 2018, p. 63-65.

 

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Date de création : 08/09/2025 @ 11:49
Dernière modification : 18/01/2026 @ 19:38
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