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Texte à méditer :  L'histoire du monde est le tribunal du monde.
  
Schiller
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Hors des sentiers battus
L'historien étudie l'inédit, le nouveau

  "Pour se faire une idée claire de la nature propre d'un objet, le moyen le plus convenable semble être de comparer cet objet avec d'autres, et de mettre en relief les différences que l'on découvrira ; cela posé, si l'on réfléchit sur le rapport de l'histoire avec les autres sciences et en particulier avec les sciences naturelles, on verra apparaître un contraste fondamental. En premier lieu, les sciences naturelles rangent leurs objets sous des concepts, qui expriment ce que renferme de commun la multitude des choses particulières, et qui ont dès lors un contenu universel ; en second lieu, elles ordonnent ces concepts de manière à en former un système de concepts universels, de sorte que chaque chose et chaque processus qui relève de leur domaine y trouvent leur place. Par là même, l'établissement et l'expression de l'Universel sont le but constant des sciences naturelles. En revanche, le particulier, ce qui n'arrive qu'une fois, ne cadre jamais avec leurs concepts, et elles ne s'intéressent à l'individuel que dans la mesure où il peut servir à la construction de leur système de concepts universels. Telle est la manière d'être constante de sciences comme la physique ou la botanique ; la psychologie elle-même, qu'elle ait affaire à la vie mentale de l'homme ou à celle de l'animal, doit procéder de la même façon.
  Mais peut-on dire que ce soit là la méthode de toutes les sciences ? Non, l'histoire, au contraire (ou, pour nous exprimer avec réserve, tout ce qui, jusqu'à présent, a porté le nom d'histoire) s'intéresse bien plutôt à ce qui se produit une fois seulement ; et, par suite, elle ne vise pas à représenter ce qui s'offre partout et toujours, mais bien à représenter exactement, avec leurs traits individuels, les existences particulières, dans les différents points de l'espace et aux différents instants de la durée. Elle a pour but, en effet, de mettre en lumière les changements que produit la marche de l'évolution. Nous avons donc ici deux manières très différentes de représenter le réel ; et, comme l'opposition de l'universel et du particulier est l'opposition fondamentale qui domine toutes les recherches logiques, toute tentative pour comprendre la nature logique des sciences historiques devra partir de ce fait que l'histoire, d'après sa définition la plus compréhensive, est la science de l'individuel, de ce qui se produit une fois, par opposition avec les sciences naturelles qui ont pour objet l'universel, ce qui reparaît toujours avec les mêmes caractères."

 

Heinrich Rickert, "Les quatre modes de l' « universel » dans l'histoire", 1901, Revue de synthèse historique, t. II, no 5, p. 122-123.


 

  "L'inédit est le champ de l'historien qui, à la différence du chercheur des sciences de la nature s'occupant d'occurrences qui se répètent toujours, étudie ce qui ne se produit jamais qu'une seule fois. Cette nouveauté peut être pervertie si l'historien s'attache à la causalité et prétend être en mesure d'expliquer les événements par un enchaînement de causes qui auraient finalement abouti à ces événements. Il apparaît alors comme un « prophète tourné vers le passé », et tout ce qui différencie ses compétences du don de prophétie semble ne tenir qu'à la regrettable finitude concrète du cerveau humain, malheureusement incapable d'intégrer et d'articuler correctement toutes les causes qui sont à l'œuvre. À vrai dire, dans le domaine des sciences historiques, la causalité n'est qu'une catégorie totalement déplacée et source de distorsion. Non seulement la signification véritable de tout événement dépasse toujours toutes les « causes » passées qu'on peut lui assigner (il suffit de songer à l'absurde disparité entre « cause » et « effet » dans un événement comme la Première Guerre mondiale), mais le passé lui-même n'advient qu'avec l'événement en question. C'est uniquement lorsque quelque chose d'irréversible s'est produit que nous pouvons même seulement tenter d'en retrouver à rebours l'histoire."

 

Hannah Arendt, "Compréhension et politique",1953, tr. fr. Michelle-Irène B. de Launay, in La Nature du totalitarisme, Payot, 1996, p. 54-55.

 

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Date de création : 24/01/2026 @ 09:05
Dernière modification : 24/01/2026 @ 09:22
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