"La liberté du savant dans la fixation des formules qui expriment ce qu'on appelle des lois de la nature est soumise à une double restriction, correspondant aux deux aspects, théorique et expérimental de la physique. Il faut d'une part que la construction soit cohérente en elle-même, que non seulement aucune contradiction ne s'introduise entre ses diverses formules, mais que celles-ci s'organisent avec leurs voisines pour former système, avec, comme idéal ultime, la visée d'un système unitaire. Et il faut d'autre part que ce système soit apte à remplir la fonction qu'on lui assigne, c'est-à-dire qu'il soit tel que ses formules permettent, en conjonction avec des énoncés factuels vrais, de déduire avec le maximum de simplicité compatible avec l'exactitude, des propositions qui soient vérifiées par l'expérience. Or ces deux conditions restrictives sont liées essentiellement au pouvoir qu'a l'esprit de de saisir et de manier la relation illative[1] – sous ses trois aspects de l'inférabilité, de la répugnance logique et de la compossibilité dans l'indépendance – entre propositions. Et cette relation, fondement de toute inférence, est la « nature simple » par excellence, objet immédiat de l'intuition intellectuelle, principe de toute synthèse a priori et de toute rationalité."
Robert Blanché, Le Raisonnement, 1973, P.U.F. p. 96.